Mercredi 1er et Jeudi 2 août :

A partir d’aujourd’hui, une nouvelle mission nous est confiée, et pas la moins importante puisque nous avons la lourde responsabilité d’éveiller et de transmettre le goût de la langue française aux jeunes Haïtiens de l’institution du Bon Pasteur de Jacmel. La veille, nous avions pu rencontrer le Père Jean-Pierre Gilnet, directeur adjoint, très heureux de nous accueillir et qui regrettait déjà de ne pas nous avoir plus longtemps à ses côtés. Il évoque dans son discours « ses enfants », une manière de parler des élèves de son établissement qui démontre déjà à quel point ils ont du prix à ses yeux. Il nous apprend que ses élèves viennent à l’école sur le temps de leurs vacances, volontairement ou non, pour parfaire leur français (et travailler d’autres matières) car tout au long de leurs études, les cours seront dispensés dans la langue de Molière. Nombreux sont ceux qui n’ont pas d’autre occasion de la pratiquer car le créole est la langue parlée en famille, entre amis, dans la rue. Il faudra donc surtout les solliciter à l’oral, les faire dialoguer et réagir, afin qu’ils prennent de l’assurance. Nous avons ainsi très consciencieusement préparé la veille des activités pour les classes qui nous seront attribuées et nous sommes répartis sur les différents niveaux :

  • Trois d’entre nous prendront en charge une classe de 7ème (équivalent à la 5ème) de 8 h à 10 h, puis une seconde classe de 7ème de 10 h à 12 h.

 

  • Et deux autres animeront des activités pour une classe de « Philo » (équivalent à la Terminale) de 10 h à 12 h.

 

 

Le premier jour, nous découvrons donc les lieux. A l’origine, cette école était située au cœur de Jacmel mais suite au tremblement de terre de 2010, les bâtiments, fragilisés, ont été jugés dangereux. Il a donc fallu reconstruire cette nouvelle école sur un autre site. On ne peut établir de comparaison entre les salles de classes, ici, en Haïti et celles telles que nous les connaissons en France : il y a certes un bureau, un tableau noir et des bancs pour les écoliers mais les similitudes s’arrêtent là. Le sol et les murs sont nus. La salle de classe est ouverte sur l’extérieur, pas de fenêtres, ni de rideaux pour s’isoler, et nous entendons donc les échos des voix des professeurs et des élèves dans les salles attenantes. Cela laisse également tout le loisir à des visiteurs de s’inviter pendant nos heures de cours : nous avons dû chasser un chien errant et une mygale venus très certainement apprendre le français aussi (si, si, une vraie mygale, et celle-ci n’était pas derrière une vitre comme chez nous !). Nous avons donc fait la connaissance des élèves, peu nombreux le premier jour, environ 25 par classe, mais des camarades viendront grossir les rangs le lendemain pour atteindre presque 40 enfants par classe. Nous sommes très étonnés par le manque de ponctualité, de la part des élèves tout comme des professeurs (mais cela est peut-être différent sur le temps scolaire). Ici, certains peuvent revenir de récréation avec 30 minutes de retard. Ah, pauvres petits élèves français qui rêveraient d’une telle liberté !

Aux plus petits (entre 11 et 12 ans), nous leur proposons un travail sur les fables. Ils en connaissent déjà certaines mais nous leur demandons d’en inventer une en groupe, en pensant d’abord à la morale, au message qu’ils veulent transmettre. Il y a de belles productions : « il ne faut pas se croire supérieur aux autres » ; « il ne faut pas donner ce que l’on n’a pas » ; « il ne faut pas faire de mal aux animaux » ; « il ne faut pas juger »… Du côté des plus grands, ils ont découvert des pans de la culture française à travers le clip vidéo de la chanson « Tous les cris les SOS » reprise par Zaz. Les images ont servi de prétexte pour les faire parler sur les différences culturels entre Haïti et la France sur des sujets très variés tels que la relation entre parents et enfants, le divorce, la relation à l’argent, l’amour, etc. Ils ont également appris à animer et à prendre part à des débats.

De manière unanime, nous sommes très heureux de faire cette expérience. Nous avons découvert l’école locale en totale immersion. Dans les deux groupes, nous avons cependant le sentiment que les élèves ne sont pas très dynamiques. C’est donc un défi supplémentaire pour nous que de faire participer et d’impliquer les enfants dans les activités que nous proposons. Nous retournerons à l’école lundi et mardi prochain, les deux derniers jours que nous passerons en Haïti, en espérant que nos actions porteront du fruit !

A suivre….