Au revoir Père Ambroise, au revoir Soclogbo

 

La journée du dimanche 21 juillet est la dernière de notre séjour au royaume de Soclogbo. C’est la journée des « au revoir » et des photos.

L’au revoir commence en réalité au début du séjour, puisqu’une couturière a pris nos mesures pour nous faire des chemises pour les garçons et des robes pour les filles. Ces habits, nous les portons pour cette dernière journée. A la fin de la messe, on nous remet une statuette en bois sculptée par un habitant du village et peinte aux couleurs du Bénin par un autre artisan. D’autres cadeaux individuels suivent durant la journée, parmi eux : le coq d’un enfant, des arachides, des dessins ou même des propositions d’adoption d’enfant très sérieuses.

Les photos, c’est une institution dans la vie béninoise. La photo, c’est ici un moyen de dire : tu es important pour moi, je souhaite me souvenir de toi. Ainsi, toute visite ou contact avec un aîné, un religieux, un ami ou une connaissance s’accompagne d’une ou plusieurs photos de tous les téléphones des personnes photographiées. Oublier la photo est un affront pour la personne rencontrée. Pour l’au revoir, de nombreuses séances et poses se sont donc succédées devant l’école dont nous avons participé à la construction avec une banderole AED préparée par la paroisse.

La journée d’au revoir est aussi l’occasion de faire le bilan de ce que nous avons vécu. La réalité est que nous avons reçu énormément durant ces deux semaines à Soclogbo en plus des cadeaux mentionnés plus haut :

  • De la nourriture spirituelle préparée par le Père Ambroise au travers des messes et des temps de prière.
  • De l’affection et de la confiance de la part de la bonne centaine d’enfants de Soclogbo que nous avons accompagnés, ce qui nous a remplis de joie.
  • Des moments de partage culturel sur la danse rythmés soit par les tam-tams ou soit par un bon vieux rock des années 80. En quelques mouvements, tout le monde tournait, les africains ont bien le rythme dans la peau !
  • Des cours de maçonnerie donnés sur le terrain avec les maçons : le mélange du ciment, le crépissage, la pose de portes ou de fenêtres n’ont plus de secret pour nous.
  • Des visites des personnalités religieuses de la région (abbaye, paroisses), des parents du Père Ambroise, des lieux importants de la région (voir articles précédents) qui montrent à quel point notre visite compte pour eux. Il est peu commun de voir s’aventurer des jeunes blancs dans cette contrée éloignée.
  • Des repas préparés par un cuisinier et une cuisinière, Alexandrine, ce qui impliquait notamment une gestion de l’approvisionnement des ingrédients parfois compliquée avec de nombreuses heures de route sur des chemins de terre rouge cabossés.
  • Des réponses à toutes nos préoccupations : cafards, termites, régimes alimentaires particuliers.
  • Une logistique parfaite assurée par notre chauffeur, Marcelin, qui, tout en étant garant de notre sécurité, était toujours prêt à nous emmener faire une course quelle que soit l’heure de la journée ou de la nuit. Le Père Ambroise était lui le stratège qui préparait avant chaque journée le programme.

En retour, notre humble contribution à la construction de l’école paroissiale et à l’animation des activités pour les jeunes semblera au premier regard faible. Mais, notre passage aura certainement inspiré les jeunes et promu un cadre moral compris par ces jeunes. Notre espérance est que cela puisse les guider pour leur futur. Nous espérons également pouvoir les aider matériellement à notre retour.

A Soclogbo, nous avons aussi vu et partagé les conditions de vie et sanitaires du village. Voici notre témoignage :

  • Les maladies graves sont fréquentes et font des ravages. Pour le paludisme seul, en période de pluies, on compte plus de 100 cas par mois diagnostiqués chez des enfants de moins de 15 ans sur une population de 3000 enfants (population de 6000 habitants au total dans le village). Au dispensaire, il n’était pas rare de voir 10 cas de paludisme en une journée. Un enfant fait donc en moyenne un paludisme tous les deux ans. La mortalité infantile est une statistique non disponible. D’autres maladies comme la drépanocytose, le VIH ou les anémies réduisent encore un peu plus l’espérance de vie. D’autres maux, comme les vers de Guinée (âmes sensibles, ne pas regarder sur google ce dont il s’agit) ou autres parasites, compliquent les activités quotidiennes. Et, enfin, les enfants ont de nombreuses plaies purulentes au pieds et aux jambes. Celles-ci s’infectent facilement car les soins de base ne sont pas faits et les enfants marchent pieds nus. Quelle chance nous avons en Europe…
  • L’accès aux soins et aux médicaments se limitent à un infirmier pour 6000 habitants. Celui-ci fait office de gynéco-obstétricien, pédiatre, médecin généraliste et sage-femme. Au moins, les traitements et vaccins contre les maladies les plus courantes sont présents dans le dispensaire. Dans le village d’à côté, le petit dispensaire compte juste des lits et une table d’accouchement (une table de salle à manger européenne), aucun matériel médical. La prise en charge d’un paludisme diffère entre le dispensaire de Soclogbo et un hôpital français. Ici, l’ordre des maladies est inversé : quand un enfant a de la fièvre, c’est, jusqu’à preuve du contraire, un paludisme et non une otite ou une angine. On réalise un test de diagnostic rapide, un examen clinique sommaire de l’enfant, on remet des comprimés d’artemether lumefantrine et on fait un contrôle clinique à J-3, à la fin du traitement. En France, c’est l’hospitalisation d’office pour un paludisme pédiatrique.
  • L’accès à l’eau potable se fait via des puits ou des forages financés par les Chinois ou les Japonais. L’eau courante est un luxe dont seul l’élite a le privilège. L’électricité n’est arrivée au village qu’il y a quelques mois.
  • Les déchets : c’est facile à résumer, la notion de poubelle n’existe pas.

Traitement pour guérir la petite Cynthia touchée par le paludisme

Certains avaient les yeux humides en partant, il faut dire que les enfants sont attachants. Et, nous, nous repartons, eux, ils restent vivre dans ces conditions. Mais ne sont-ils pas les plus heureux ?

 

Rédacteurs : Quentin et Elise