Catégorie : Éthiopie

Aider les sœurs de la Charité de mère Teresa

C’est à Addis Abeba que va se poursuivre notre mission ! En effet nous avons passé presque 10 jours à aider les sœurs de la Charité de mère Teresa. Elles sont implantées un peu partout en Éthiopie puisqu’on trouve 17 maisons au total dans le pays.

Celle d’Addis est un hôpital où se trouve 1000 patients pour 300 membres du personnel médical et 15 sœurs. Nos missions étaient aussi riches que variées. Le groupe était séparé en 2 avec les filles d’un côté et les garçons de l’autre.

Pour les filles, la journée commençait avec une matinée jeu et école avec les enfants, mais aussi un moment de partage avec les mamans qui pour la plupart venait d’accoucher de petits nourrissons. Nous leur avons appris des comptines françaises et le célèbre « facteur n’est pas passé ». Ils se sont très vite pris au jeu et nous ont aussi appris des comptines locales. Nous ne comprenions pas tout mais chantions avec bonheur. Ensuite, généralement l’une de nous se met aux activités sportives avec ceux qui peuvent courir, l’une s’occupe de l’école et la dernière s’occupe des activités calmes dehors. Les enfants ont entre 2 et 14 ans ce qui ne facilite pas l’uniformité mais enrichit la diversité. L’après-midi nous la consacrons à faire des pansements pour les consultations. Une méthode artisanale qui consiste à prendre une planche de bois, enrouler de la gaze autour, couper à l’aide d’un scalpel et plier les chutes de tissu.

Les garçons commencent leur journée par une séance de kiné. Ils massent et dorlotent des patients. Ils font aussi un peu de pansement. Mais ce qu’ils préfèrent c’est la partie de ping-pong quotidienne avec les tuberculeux. L’occasion de partager un bon moment autour des valeurs du sport. Ils sont aussi toujours présents pour jouer avec les enfants.

On se rend compte du travail des sœurs qui quittent tout et donnent leurs vies pour aider ceux qui en ont besoin et que personne ne veut aider, portées par le message de paix et d’amour que Dieu leur fait. On observe aussi le pouvoir d’attraction que cette communauté possède, car pendant les 10 jours que nous avons passé là-bas nous avons rencontrés des gens de tous pays comme Espagne, Liban, Malte, Etats-Unis. Donner un peu de joie et de chaleur à ces malades nous ravie et donne un sens à notre mission.

Nous quittons l’Éthiopie des souvenirs pleins la tête. Ce fut une expérience incroyable sur le plan humain et spirituel qui, nous l’espérons, nous accompagnera tout au long de notre vie dans nos actions et décisions futures.

Nous tenons à remercier les donateurs de l’AED qui nous ont permis de porter le message du Pape François et du Christ et de partager des moments de foi avec ces peuples que nous avons rencontrés.

Au cœur de l’Eglise éthiopienne

Nous voici depuis presque une semaine dans une capitale déroutante à bien des égards pour le voyageur qui a pris goût aux si beaux paysages des contrées éthiopiennes, particulièrement lorsqu’ils verdoient sous la lourde humidité de la saison des pluies. La magnificence des plaines et des montagnes de l’Ouest du pays, la rutilante virginité de ces territoires encore si peu souillés par la manie humaine de recouvrir le vert de gris, autant d’images qui semblent venir d’un autre monde et d’une autre époque lorsque nous pénétrons dans l’immense ville que, depuis environ un siècle, l’Ethiopie s’est choisie pour capitale, et qui ne cesse désormais de grandir. C’est aujourd’hui une zone urbaine de plus de 70 kilomètres de diamètre, peuplée par plus de 5 millions d’habitants selon les chiffres officiels, polluée par les nombreux moteurs déjà quinquagénaires mais s’offrant une deuxième chance grâce aux mains expertes des mécaniciens locaux, qui s’offre quotidiennement à nos regards. Si jeune et déjà si grande, au point qu’elle semble déjà souffrir d’une croissance démesurée qui ne lui a pas laissé le temps de prendre la mesure des exigences qu’implique une telle concentration de population, Addis Abeba est peu séduisante à nos yeux comme à nos narines, déjà habitués à la pureté de la « campagne » éthiopienne.

Certes moins agréable à nos sens que notre mission à Gublak, cette expérience urbaine n’en est pas moins intéressante en ce qu’elle nous permet de comprendre des enjeux de la société éthiopienne, comme sans doute, d’ailleurs, de nombreux autres pays africains que nous imaginons confrontés aux mêmes problématiques. Les plans d’urbanisation visant à « moderniser » le centre-ville au prix de gigantesques opérations d’expulsions qui relèguent les populations pauvres dans des périphéries à plus de deux heures de leur travail dans des moyens de transports bondés et insuffisants nous sont racontés par les éthiopiens comme une source grandissante d’inégalité entre les couches sociales. Cette fracture sociale est du reste immédiatement perceptible pour celui qui parcourt les rues de la capitale et longe alternativement de grands immeubles plus ou moins achevés, des maisons en tôles tenant plus du bidonville que du pavillon, d’immenses décharges à ciel ouvert et des marchés dont le toit de bâches en plastique n’empêche nullement la transformation progressive du sol en immense flaque de boue. Bref, la capitale éthiopienne nous apparaît rapidement comme l’icône d’une « modernisation » qui n’est que de façade tant la rapidité du processus semble avoir laissé sur le bord de la route aussi bien la grande majorité de ses habitants que la richesse d’une culture millénaire que nous avions commencé à découvrir et à aimer, et qui nous semble maintenant bien endormie sous les immeubles bétonnés et les fumées des pots d’échappement.

C’est au cœur de cette ville en mouvement et en transition si rapide que l’Eglise catholique d’Ethiopie, particulièrement celle du diocèse d’Addis, cherche sans cesse à porter la voix de l’Evangile. Grâce à notre rencontre avec le Cardinal mais aussi à travers nos échanges avec le père Petros Berga, nous prenons peu à peu conscience des enjeux majeurs d’une communauté qui ne représente pourtant que moins d’un pour cent de la population éthiopienne. Pour résumer brièvement la situation de l’Eglise catholique en Ethiopie, on pourrait dire que, historiquement minoritaire, elle a survécu à la dictature communiste de la fin du XX° siècle principalement grâce au travail majeur et essentiel qu’elle accomplit dans le domaine social. Si les dirigeants communistes envoyaient leurs enfants se former dans les écoles catholiques, c’est qu’à l’époque déjà l’immense majorité des œuvres sociales étaient du ressort des catholiques pourtant si peu nombreux et dont on dit qu’ils accomplissent aujourd’hui pas moins de 90% du travail social du pays. Mais alors que le pays est libéré maintenant du joug communiste depuis plus de 25 ans, l’enjeu principal pour l’Eglise catholique est, sans rien perdre de ce souci de l’engagement dans le monde, notamment au service des plus faibles, de gagner en force dans le domaine de l’évangélisation, encore atrophié par de nombreuses années de dictature qui ont contraint les catholiques au mutisme. Et alors que les religions musulmanes et les mouvements pentecôtistes connaissent aujourd’hui un succès grandissant dans la population éthiopienne souvent lassée d’une religion orthodoxe très rigoriste et usant beaucoup de l’argument nationaliste, l’Eglise catholique doit maintenant chercher à coordonner les mouvements des deux ailes que sont l’engagement social et l’activité missionnaire d’évangélisation. Travail passionnant et qui, si l’on cherche bien, n’est pas sans intérêt pour nos mentalités de catholiques français ! Car avons-nous réussi à trouver, en France, cet équilibre entre le souci missionnaire et l’engagement au service de nos frères les plus pauvres ? Peut-être le balancier est-il inversé par rapport à l’Eglise éthiopienne, mais l’objectif ne reste-t-il pas le même ? C’est donc avoir joie, et en ayant conscience de donner de la chair à une réflexion qui, sans cela, pourrait paraître très abstraite, que nous consacrons nos journées à servir ces plus petits qui sont nos frères, aux côtés des missionnaires de la charité et à la suite de Mère Theresa !

Notre mission à Gublak, 18-23 juillet

Abba Isaiah et ses trois groupies

Nous avons été accueillis dans une communauté de prêtres Comboniens. Cette congrégation a été fondée par un prêtre Italien au XIXe siècle, Daniel Comboni, suite à une mission apostolique au Soudan. Il s’est alors inspiré des Missions Etrangères de Paris pour créer un nouvel ordre missionnaire en Afrique. Aujourd’hui cet ordre s’est répandu sur 4 continents avec une présence dans plus de 30 pays et plus de 1800 prêtres et 1300 religieuses.

La mission dans laquelle nous sommes a été fondée il y a 6 ans à Gublak, petite ville au nord-ouest du pays, à 200km de la frontière Soudanaise. La volonté des prêtres est d’aider avant tout la tribu des Goumouz, habitants de cette région. Suite à des siècles d’oppression par les autres peuples, cette tribu ne s’est pas développée. Elle a aujourd’hui un style de vie très primitif, vivant de la chasse et d’une agriculture simple et logeant dans des cases.

Sortie de messe devant la nouvelle église de Gublak.

Rompant avec ces habitudes, les prêtres de Gublak ont fait construire, grâce notamment à des dons de l’AED, de nombreux édifices : église, école maternelle, hôtellerie, internats pour accueillir dans les meilleures conditions les habitants.

Cette communauté est actuellement composée de 3 prêtres : Le supérieur Abba Isaiah du Kenya, Abba John d’Italie prêtre en Ethiopie depuis plus de 45 ans et Abba Elvis du Pérou. 2 séminaristes Comboniens sont aussi présents pendant l’été.

Grand nettoyage estival

La journée de la communauté commence à 6h30 avec les Laudes puis la messe avec les paroissiens qui le souhaitent. La matinée est consacrée aux travaux communautaires : peinture, réparation, jardinage. Nous avons fait des travaux de peinture et coupé l’herbe et tondu la pelouse à la machette. La végétation est en effet luxuriante lors de la saison des pluies (juin à septembre).

Vers 16h nous partons par groupe dans les différents villages attenants, mais parfois situés à plus d’une heure de voiture, ou même 1h30 de marche quand aucune route n’y mène. Nous commençons alors par parcourir les différentes cases du village pour manifester aux habitants notre présence. Ils sont généralement de retour des champs. Nous entrons dans certaines cases et la mère de famille nous offre alors une boisson, « le borde », faite à base de céréales et d’eau. Cela ressemble à une bière pas encore fermentée en plus épaisse et moins rafraîchissante ! Pour de nombreuses familles, il s’agit du seul repas après une journée passée dans les champs. Pour nous, c’est plutôt une épreuve de la volonté pour terminer le verre, mais heureusement on nous donne un piment pour faire passer le gout.

Devant une maison traditionnelle Goumouz

A 19h, quand la nuit tombe et que l’ensemble du village est rentré, la communauté chrétienne se retrouve dans la chapelle quand il y en a une, au milieu du village si ce n’est pas le cas. Il y a de nombreux bébés et enfants mais aussi quelques adultes. La soirée commence toujours par un temps de louange chantée à plein poumons et accompagnée par un djembé. Puis les prêtres démarrent l’enseignement aidés par des catéchistes issus de ces villages âgés de 12 à 20 ans qui maîtrisent mieux la langue Goumouz. Nous témoignons alors de notre foi, des raisons de notre venue en Ethiopie, de notre vie de prière. Nous essayons de montrer l’universalité de la foi à ces familles qui viennent de la découvrir et de leur expliquer que nous l’avons reçue de nos parents pour qu’eux aussi la transmettent à leur tour. Nous sommes impressionnés par la fidélité de ces enfants (qui ont parfois à peine plus d’un an !) et d’adultes alors qu’ils rentrent d’une dure journée dans les champs. Les femmes notamment sont levées depuis 5h30, sont allées chercher l’eau à la rivière, ont coupé du bois pour le feu, préparé le déjeuner, ont travaillé dans les champs, puis ont encore préparé le dîner et ne se coucheront pas avant minuit. Mais c’est l’engagement que demandent les Comboniens pour obtenir le Baptême : 3 ans d’une fidélité à ces temps d’enseignement hebdomadaires ainsi qu’à la messe. C’est une rude claque pour nous jeunes catholiques qui avons été baptisés bébé. Et nous nous émerveillons des fruits d’une telle mission, puisque plus de 130 personnes ont été baptisées sur la paroisse cette année !

Après 4 merveilleux jours à Gublak, nous rentrons à Addis Abeba. C’était absolument merveilleux et nous remercions chaleureusement nos 3 prêtres qui nous ont accueillis. Nous confions dans nos prières cette communauté très vivante et tous ses projets, en espérant que l’AED continuera à soutenir une mission si belle et fructueuse.

Paris-Gublak, du 16 au 18 juillet

Sur la route de Gublak : la plaine d’Ethiopie dominée par les hauts plateaux

Texto d’Alexis, notre chef et trésorier, à 14h nous informant qu’il part de chez lui. L’avion décolle à 16h, le stress monte d’un cran. Gabriel, notre séminariste venu de Rome, détend l’atmosphère en salle d’embarquement, grâce à des morceaux entraînants joués sur le piano mis à disposition des voyageurs.

15h45, Alexis nous rejoint (enfin) avec un sac, certes incomplet, mais il est là et nous sommes tous les 5 dans l’avion. EgyptAir, la compagnie qui nous transporte, entame via les écrans et le personnel naviguant, des prières en arabe après les consignes de sécurité. Dépaysement garanti, à quand un « je vous salue Marie » sur les vols Air France ? Nous décollons, Addis-Abeba nous voilà.

Après 10h de voyage, crevés mais heureux d’être enfin dans la capitale éthiopienne, nous sommes accueillis pour une courte nuit à l’archidiocèse d’Addis. Départ le lendemain pour Gublak, 600km environ. Notre chauffeur s’appelle Yared, il est souriant, bilingue en anglais et… écoute en boucle le CD d’un groupe éthiopien qui vient de sortir. Le Cd comporte 5 chansons ; au bout d’une demi-journée de route, nous chantons déjà à tue-tête, tels des groupies de longues dates.

Ce (long) temps en voiture, rebaptisé par notre blonde experte linguistique Margaux « the safari road trip », est riche en découvertes et en émerveillements. Nous avons le souffle coupé par la beauté de ces hauts plateaux africains mêlant un vert intense, revigoré par la saison des pluies, et le rouge couleur sang de cette terre que nous aimons déjà. Sur le bords des routes, nous découvrons avec des yeux d’enfants des éthiopiens labourant à l’aide de buffles et d’ une charrue en bois, des femmes moissonnant à la faux et des enfants courant après la voiture tout sourire pour nous dire bonjour. Malgré la rusticité de leur habitat, ce peuple nous apparaît gai et chaleureux, les façades sont colorées et les habits chatoyants. Les costumes éthiopiens fascinent Anne qui ne manque pas de nous en faire admirer un certain nombre au gré de la route.

18h30, Yared s’arrête, c’est la fin de notre voyage… pour aujourd’hui. Nous avons roulé plus de 7h et nous n’avons fait que 280km. Peu importe, ce road trip est magique et nous sommes prêts à en reprendre pleins les yeux le lendemain.

Debre Markos, notre point d’étape est une ville de 90 000 habitants, la ville ne possédant pas de lampadaire, nous sommes plongés dans la nuit dès 19h. C’est donc amusés et à la lampe torche que nous partons dîner en évitant de tomber dans les trous du trottoir ou de rentrer de plein fouet dans des Ethiopiens que nous ne voyons plus dans le noir.

La découverte de la gastronomie locale est une distrayante expérience. A l’aide de notre main droite (surtout pas la gauche), nous essayons de découper un morceau de galette (Injera) pour pouvoir prendre une pincée de légumes ou de viande dans un grand plat commun, posé au centre de la table. Fous-rires garantis, nous sommes ensemble depuis à peine 24h et pourtant plus de distance courtoise entre nous, les liens se soudent. Marguerite-Marie est certes un peu déçue qu’il n’y ait pas de dessert, mais promis, nous en achèterons demain.

Départ mardi 18 à 6h, après une courte nuit, nous sommes pressés d’arriver à Gublak où nous sommes attendus et il nous reste encore 350km. Même émerveillement durant le trajet par la beauté des paysages et de ses habitants. Nous sommes cependant un peu fatigués et après les laudes, animées par Gabriel, nous sombrons tous plus ou moins dans le sommeil.

Midi, la route s’arrête, nous empruntons un chemin de terre pendant les 50 derniers kilomètres qui nous donnent l’occasion de tester les suspensions de la voiture puis nous arrivons enfin à Gublak.

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