Catégorie : Haïti

Vamos a la playa

Le dimanche matin réunit les paroissiens dès 7 h du matin. Certains arrivent après 1 heure de marche. Il est inutile de prévoir trop d’avance : ici, la messe peut commencer en retard, on attend chacun.

Chanter est le propre de l’haïtien. Quelque que soit son activité au sein de la paroisse, on chante de tout son cœur à hauteur de son amour pour Jésus. Aussi n’est il pas surprenant qu’on invite, un dimanche, tous les services de la paroisse à “faire chorale”.

Lorsque nous entrons dans l’église, elle parait presque vide : c’est sans compter sur la foule de choristes entrant bientôt en procession, chacun en habit de service (groupe MEJ, scouts de la paroisse, etc., même les policiers entrent en procession et uniformes !). Bientôt l’église est pleine, sonore, fumante d’encens. Devant nous, les ventilateurs ne tardent pas à ronronner le long des colonnes. Le prêtre asperge les fidèles en signe de leur baptême. Il faut que chacun reçoive de l’eau vive, aussi y met-il toute son énergie, répétant six fois, sept fois s’il le faut le geste du rituel d’aspersion pour chaque rangée ; ce n’est pas si dérangeant de se retrouver trempé par cette chaleur !

Autour de nous, chacun s’est bien habillé ; chemises cravate pour beaucoup d’hommes et robes souvent décorées pour les femmes. On s’applique à ce que la tenue des enfants soit impeccable : les petites filles portent habituellement des petites robes façon Sissi, des ballerines recouvertes de dentelles et leurs cheveux sont tressés de petites barrettes colorées. Les petits garçons ne sont pas en reste et brillent par leurs chaussures cirées blanches ou noires. Tout doit être beau pour le Seigneur.

La messe peut durer longtemps, d’une heure et demi à trois heures. Et pour cause, on chante deux fois l’entrée, deux fois l’offertoire, deux fois la communion… On aime être ensemble. “Gloria pou Bondye ki fè syèl ak tè a”…. Nous finissons par connaître quelques chants et aimons les chanter en bon créole, nous surprenant parfois à les chantonner à tout heure de la journée ! Cette énergie, cette fière ferveur est belle à voir.

Le sermon est une occasion d’éduquer. Le prêtre, qui peut parler pendant trente minutes, n’hésite pas à faire chanter les fidèles, danser ou répéter des phrases, comme par exemple celles affichées sur les murs de l’église : “Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise”.

 

L’après-midi est festive. Nous avions proposé aux jeunes une sortie à la plage, avec la complicité de Maxon (ce jeune habite au presbytère). L’occasion d’associer détente et partage. Nous sommes surpris qu’une cinquantaine d’entre eux répondent à l’appel. On s’entasse alors dans les voitures. Quatorze, vingt-deux, vingt-huit jeunes s’entassent dans un pick-up et s’agrippent à tout ce qu’il peuvent ! Ici, on n’est pas vraiment sensibilisé à la sécurité routière : on aime l’aventure !

Arrivés sur place, il faut verser une contribution pour l’entretien des plages. Pourtant, nous sommes à peine surpris par les nombreux déchets qui dénaturent la beauté du lieu. La gestion des déchets en Haïti est difficile et les autorités ne peuvent répondre par des dispositifs adaptés. Quant aux habitants, ils sont souvent dépassés par les détritus qui s’accumulent et se contentent de jeter plus loin ou de balayer devant leur porte. Passée cette première impression, nous goûtons vite à l’esprit de fête qui anime les bords de mer. Des petites huttes disposées ça et là s’échappent les décibels et les odeurs de poissons grillés fraîchement pêchés du jour. Les “piti machand” (petits marchands) déambulent, une caisse de sucreries à la taille, des toiles roulées sur les épaules, au milieu des tablées d’Haïtiens jouant aux cartes, aux jeux de plage. Plus loin, des jeunes se disputent un ballon et, sur le rivage, d’autres réparent de larges filets débordant des barques peintes. Il règne une impression de vacarme, une ambiance de marché ou chacun peut acheter, manger, boire, apporter sa propre radio et danser jusqu’à la nuit tombée.

Il y a peu d’étrangers. Cet après-midi, nous sommes les seuls Blancs au milieu d’une marée d’Haïtiens. Il nous est difficile de se faire entendre des jeunes au milieu de cette agitation. Quand vient l’heure de prendre le bain, une partie des Haïtiens qui nous accompagnent s’assoient sur le sable : ils ne savent pas nager. On nous explique qu’il y a peu de piscines en Haïti (hormis dans les hôtels). Malgré la proximité de la mer, la pratique de la nage n’est pas courante et la plupart des Haïtiens qui se jettent à l’eau restent au bord, là où ils sont sûrs d’avoir pied. Dans l’eau, nous évoluons au milieu d’algues brunes et de détritus balayés par les vagues. Cela ne nous empêche pas de profiter d’une eau chaude et des joies des éclaboussures.

Peu après, François et Louis empruntent un taxi moto pour rentrer en avance. Ils sont encore affaiblis par la maladie qui les assaillent depuis plusieurs jours : courbatures, fièvre, nausées, fatigue. Leur retour n’est pas sans peine. A trois sur une petite moto ressemblant davantage à un petit scooter toussant dans les pentes, ils s’accrochent où ils peuvent, les tongs cramponnées aux pieds, bravant sans casques les délicats reliefs d’une route déchirée. C’est un miracle qu’ils arrivent à bon port. Enfin presque, Louis ayant perdu sa mythique casquette dès les premiers mètres ! Les filles reviennent quelques heures après, le teint ensoleillé. Une belle journée s’est encore passée.

Bassin bleu

Lundi 30 juillet – Bassin bleu

8 h 30, notre petite équipe est fin prête pour retourner chez les Sœurs de la Charité ! C’est donc équipés de feuilles et de crayons, et des idées pleins la tête que nous partons retrouver les Sœurs dans le centre de Jacmel.

Arrivés au centre, nous retrouvons les petites filles dont nous avions fait la connaissance le samedi précédent. A peine arrivés, nous reprenons les comptines la où nous les avions laissées et nous en profitons pour leur apprendre notre fameuse chanson « 3 p’tits chats ». Nous passons ensuite aux jeux de ballons en tout genre tels que la « tomate » ou encore le « tic tac boum », et ces petites filles pleines d’imagination en arrivent même à reformuler les règles pour créer de nouvelles versions du « tic tac boum ».

2 h sont déjà passées et il est l’heure pour nous d’aller aider les Sœurs pour nourrir les bébés qui séjournent au centre. Certains, nous voyant arriver avec la nourriture, nous tendent leurs bras et ouvrent grand la bouche ; pour d’autres, la situation est plus compliquée et il devient difficile de leur faire avaler ne serait-ce qu’une bouchée. Nous repartons à 12 h fatigués mais fiers du travail accompli et surtout comblés par les quelques sourires auxquels nous avons eu droit.

 

Après une courte pause déjeuner, il est déjà l’heure de repartir, les activités reprennent et c’est accompagnés d’une quinzaine de jeunes de la paroisse que nous partons découvrir le site de Bassin bleu. Après nous être répartis dans deux 4×4, nous prenons la route direction les bassins ! La route n’est vraiment pas facile et nous nous apercevons rapidement que le 4×4 est nécessaire surtout quand il s’agit de traverser une rivière. Après 20 minutes de trajet, nous voici arrivés à destination ! Encore quelques négociations pour les tarifs d’entrée et notre guide nous conduit par des chemins rocailleux à la découverte des différents bassins, le tout accompagné bien évidemment de musique car, c’est bien connu, les Haïtiens ont peur du silence et tout jeune Haïtien qui se respecte ne se promène jamais sans une belle enceinte pour faire résonner sa musique !

Nous passons un premier bassin… puis un second. Nous pensons être arrivés au terme de la promenade mais il n’en est rien et le plus beau reste à venir. Nous continuons donc à suivre notre guide sur un sentier escarpé à flanc de colline sur lequel le moindre faux pas nous fait tomber dans l’eau cristalline et d’un bleu turquoise du bassin situé juste en dessous ! Le groupe s’arrête… sommes- nous arrivés ? Non par encore et voilà que le guide nous invite à descendre un à un, à flanc de colline, à l’aide d’une corde car le plus beau reste encore à découvrir ! Il faut donc prendre son courage à deux mains, ôter ses chaussures pour être pieds nus (pour une meilleure adhérence à la pierre dans la descente, il semblerait) et vaincre son vertige pour descendre le long de la roche !

Après un quart d’heure et quelques efforts, nous voilà tous descendus mais le jeu en valait la chandelle car nous nous trouvons alors face au plus beau des bassins d’une magnifique bleu turquoise et dans lequel se jette une splendide cascade ! C’est donc avec joie que nous nous baignons tous dans cette eau cristalline et nous jetons de quelques rochers pour profiter pleinement du site. Les plus téméraires d’entre nous iront même jusqu’à escalader la chute d’eau pour sauter du haut de son sommet : un saut de plusieurs mètres ! Les jeunes Haïtiens, quant à eux, préfèrent rester là où ils ont pied, la plupart ne sachant pas nager !

 

Après avoir profité pendant quelques heures de cette eau turquoise et nous être rafraîchis, il est l’heure pour nous de rentrer et c’est donc plein de souvenirs que nous rentrons au presbytère ; retour qui se fait bien évidemment en musique car il ne faut pas perdre les bonnes habitudes !

1 et 2 août

Mercredi 1er et Jeudi 2 août :

A partir d’aujourd’hui, une nouvelle mission nous est confiée, et pas la moins importante puisque nous avons la lourde responsabilité d’éveiller et de transmettre le goût de la langue française aux jeunes Haïtiens de l’institution du Bon Pasteur de Jacmel. La veille, nous avions pu rencontrer le Père Jean-Pierre Gilnet, directeur adjoint, très heureux de nous accueillir et qui regrettait déjà de ne pas nous avoir plus longtemps à ses côtés. Il évoque dans son discours « ses enfants », une manière de parler des élèves de son établissement qui démontre déjà à quel point ils ont du prix à ses yeux. Il nous apprend que ses élèves viennent à l’école sur le temps de leurs vacances, volontairement ou non, pour parfaire leur français (et travailler d’autres matières) car tout au long de leurs études, les cours seront dispensés dans la langue de Molière. Nombreux sont ceux qui n’ont pas d’autre occasion de la pratiquer car le créole est la langue parlée en famille, entre amis, dans la rue. Il faudra donc surtout les solliciter à l’oral, les faire dialoguer et réagir, afin qu’ils prennent de l’assurance. Nous avons ainsi très consciencieusement préparé la veille des activités pour les classes qui nous seront attribuées et nous sommes répartis sur les différents niveaux :

  • Trois d’entre nous prendront en charge une classe de 7ème (équivalent à la 5ème) de 8 h à 10 h, puis une seconde classe de 7ème de 10 h à 12 h.

 

  • Et deux autres animeront des activités pour une classe de « Philo » (équivalent à la Terminale) de 10 h à 12 h.

 

 

Le premier jour, nous découvrons donc les lieux. A l’origine, cette école était située au cœur de Jacmel mais suite au tremblement de terre de 2010, les bâtiments, fragilisés, ont été jugés dangereux. Il a donc fallu reconstruire cette nouvelle école sur un autre site. On ne peut établir de comparaison entre les salles de classes, ici, en Haïti et celles telles que nous les connaissons en France : il y a certes un bureau, un tableau noir et des bancs pour les écoliers mais les similitudes s’arrêtent là. Le sol et les murs sont nus. La salle de classe est ouverte sur l’extérieur, pas de fenêtres, ni de rideaux pour s’isoler, et nous entendons donc les échos des voix des professeurs et des élèves dans les salles attenantes. Cela laisse également tout le loisir à des visiteurs de s’inviter pendant nos heures de cours : nous avons dû chasser un chien errant et une mygale venus très certainement apprendre le français aussi (si, si, une vraie mygale, et celle-ci n’était pas derrière une vitre comme chez nous !). Nous avons donc fait la connaissance des élèves, peu nombreux le premier jour, environ 25 par classe, mais des camarades viendront grossir les rangs le lendemain pour atteindre presque 40 enfants par classe. Nous sommes très étonnés par le manque de ponctualité, de la part des élèves tout comme des professeurs (mais cela est peut-être différent sur le temps scolaire). Ici, certains peuvent revenir de récréation avec 30 minutes de retard. Ah, pauvres petits élèves français qui rêveraient d’une telle liberté !

Aux plus petits (entre 11 et 12 ans), nous leur proposons un travail sur les fables. Ils en connaissent déjà certaines mais nous leur demandons d’en inventer une en groupe, en pensant d’abord à la morale, au message qu’ils veulent transmettre. Il y a de belles productions : « il ne faut pas se croire supérieur aux autres » ; « il ne faut pas donner ce que l’on n’a pas » ; « il ne faut pas faire de mal aux animaux » ; « il ne faut pas juger »… Du côté des plus grands, ils ont découvert des pans de la culture française à travers le clip vidéo de la chanson « Tous les cris les SOS » reprise par Zaz. Les images ont servi de prétexte pour les faire parler sur les différences culturels entre Haïti et la France sur des sujets très variés tels que la relation entre parents et enfants, le divorce, la relation à l’argent, l’amour, etc. Ils ont également appris à animer et à prendre part à des débats.

De manière unanime, nous sommes très heureux de faire cette expérience. Nous avons découvert l’école locale en totale immersion. Dans les deux groupes, nous avons cependant le sentiment que les élèves ne sont pas très dynamiques. C’est donc un défi supplémentaire pour nous que de faire participer et d’impliquer les enfants dans les activités que nous proposons. Nous retournerons à l’école lundi et mardi prochain, les deux derniers jours que nous passerons en Haïti, en espérant que nos actions porteront du fruit !

A suivre….

Repartir de zéro

Nous sommes arrivés à Jacmel après 9 heures de trajet douloureux. La ville est située en bord de mer et cela nous met du baume au cœur.

Samedi, nous rejoignons les Sœurs de la Charité pour leur prêter mains fortes. Elles s’occupent de personnes handicapées et également d’adultes, enfants et bébés malades. En ce qui nous concerne, c’est direction le premier étage. Surprise : ce sont des petites filles de cinq à dix ans. Si le contact est difficile à établir dans les premiers temps – elles parlent aussi bien le français que nous le créole –, au bout d’un temps les langues se délient et les rires fusent. Des petites mains piochent dans les feutres que nous avons apportés, agrippent nos bracelets et assaillent nos cheveux lisses pour les couvrir de tresses.

L’après-midi, nous nous affalons pour une énième sieste dans nos quartiers surchauffés et l’on attend 17 heures pour rencontrer les jeunes de la paroisse avec lesquels nous aimerions faire connaissance, afin partager des moments pour la semaine à venir. Il s’agit de se présenter à nouveau, de réexpliquer nos motivations, de se familiariser avec tout ce beau monde. C’est un nouveau départ qui prend son temps mais qui va faire du bien à notre petite équipe, affaiblie par la maladie des tropiques et le départ de Hinche qui nous avait véritablement conquis. Vers 19 heures, nous nous rendons chez Madame Brutus qui nous accueille chez elle et nous présente sa grande famille. C’est l’occasion de lui poser quelques questions et de pouvoir appréhender le quotidien d’une famille haïtienne. Visiblement, ce sont d’avantage les femmes qui s’occupent des tâches domestiques et de la préparation des repas (qui mettent en moyenne trois heures…). Si son mari est avocat, Margareth est quant à elle femme au foyer, ce à quoi sa fille de 18 ans s’empresse de répondre que ce ne sera pas son cas. Selon elle, la nouvelle génération est bien différente de celle qui la précède et est bien décidée à prôner un changement. Nous écoutons volontiers et en profitons pour faire des comparaisons avec notre quotidien, nos habitudes. On nous demande encore une fois si l’on est marié et inévitablement devant nos réponses négatives, nos interlocuteurs ne peuvent réprimer leur étonnement. Margareth nous apporte de la citronnade préparée avec les citrons verts de son jardin et du sucre roux : un pur délice (la moitié du groupe est au bord de l’évanouissement : à cause de la fièvre ou bien de l’extase, on ne saurait trop dire).

C’est une journée dont nous sommes enfin satisfaits puisque nous avons pu créer des liens qui, nous l’espérons, fructifieront dans la semaine et nous permettront de passer des moments auprès des locaux.

 

Dènye jou nan Hinche

Le matin de lundi, visite de Bonabite, petit village du département Centre, relativement voisin de la paroisse. Après une demie-heure entassés dans un vieux SUV Toyota – toujours bien en vie cela étant – nous débarquons sur un champ de cailloux donnant sur une rivière. Là, des familles se lavent et font leur lessive. Passés de l’autre côté de la rivière, nous continuons de marcher au milieu des herbes hautes et des bananiers, musique à tue-tête, dansant, chantant : à l’haïtienne. Devant nous se trouve la chapelle du village. L’édifice en béton est encore en construction, et sert de salle de vie, de classe, etc. Pas de toit, de fenêtres : juste une simple structure en béton non achevée. Le lieu nous semble éloigné de tout et pourtant vraiment familier : le père Jacques faisait l’école à Bonabite sous le grand manguier, y construisit des salles de classes, et le lieu reste encore aujourd’hui connu pour cette raison. Les habitants nous rejoignent au milieu des danses et de l’effervescence. Entre la chapelle et l’école, composée de deux bâtiments distincts, se dresse le fameux manguier. Un homme y est perché et les mangues pleuvent au fur et à mesure que nous approchons. La partie la plus fun de la matinée commence – après les danses, bien sûr – nous apprenons à manger des mangues avec nos seules dents. Il faut les croquer par le bas et remonter ensuite pour enlever la peau. On s’échange des sourires de fierté, sourires tintés de fibres de mangue restés coincés entre les dents (eh oui, cette technique n’est pas sans faille !).

Il est temps de regagner la voiture et de partir pour l’Université Notre-Dame, université dans laquelle bon nombre de nos amis haïtiens étudient. Première étape, le terrain de basket, où des fours solaires ont été disposés afin de cuire des gâteaux. Il fait tellement chaud que seulement 1 heure est nécessaire à leur cuisson. Cette technique est très utile en Haïti où les fours ne sont que peu souvent disponibles pour le plus grand nombre ; le guide ajoute cependant que le prix relativement élevé des fours solaires limite leur utilisation. Il est d’ailleurs nécessaire d’avouer que la plupart d’entre nous étaient plus concentrés sur l’odeur des gâteaux que sur les explications. La visite se poursuit avec le laboratoire de l’université, qui sert tant aux travaux pratiques des étudiants qu’à des diagnostics extérieurs comme pour des cliniques. Toutes sortes de machines sont présentes, tant pour stériliser, que pour reconnaître des maladies dans des échantillons sanguins, etc. Pas grand monde dans l’équipe ne comprend un traître mot de tout ce qui à trait aux sciences, aussi je ne développerai pas plus ce point. Le clou du spectacle fut le bio-gaz, du méthane extrait par des élèves de l’université grâce aux déchets, et utilisé pour cuire les aliments. Ce procédé écologique est très intéressant à l’échelle d’une université, surtout dans un pays où les détritus sont jetés n’importe où et partout à la fois. La fierté des étudiants dans ce projet était particulièrement palpable et touchante, et ce, de manière pratique, puisqu’ils avaient cuisiné pour nous un festin somptueux à l’aide du bio-gaz.

Mardi matin, nous arrivons à la Caritas de Hinche pour visiter les locaux. C’est une agréable surprise : il y a un pôle administration, ecosol (économie solidaire, programme de micro-crédit pour ceux qu’on appelle ici les ‘piti machan’, les petits marchants auxquels les banques ne veulent pas prêter), coordination, santé, agriculture (pour aider et suivre les paysans). Tout est fait ici pour que les plus petits, ceux que personne ne veut aider, puissent être aidés.
C’est l’heure de repartir. Opération Saut d’Eau. Nous devons nous rendre à une cascade, lieu de pèlerinage à la fois catholique et vaudou, très important dans le département. Le père Jacques nous prévient : l’endroit sera sûrement très sale puisque nous arrivons après la fête patronale. Et il avait bien raison d’ailleurs. Malgré tout, les deux énormes chutes d’eau sont impressionnantes, que l’on soit en dessous ou même à leur niveau.

Tous, nous avons eu l’impression d’être à mi-chemin entre un autre monde et un décor de cinéma. En retournant sur la rive, nous avons pu voir les rituels vaudous si importants en ce lieu : les bols cassés dans la rivière, les femmes couvertes de terre qui invoquent les esprits, les bougies et autres ont parachevé notre étonnement et notre curiosité.

Sur la route du retour, nous avons dit au revoir à bon nombre de nos amis que nous n’allions pas revoir avant notre départ, le lendemain matin. Les adieux furent difficiles mais nous attendions la soirée créole avec impatience. Celle-ci s’est déroulée en petit comité : au programme, joie, bonne humeur, jus de canne à sucre, couettes de maïs grillé, danse, chant et tamtam.

le lendemain matin, nous faisons un dernier adieu au Père Jacques, au Père Herlard ainsi qu’à notre ami Alouidjy. Ce sont nos derniers instants à Hinche : les denye jou.

 

 

 

 

Dimanche pluvieux dimanche heureux

C’est dimanche, le jour de la messe dominicale et, pour l’occasion, les paroissiens ont sorti leurs plus beaux habits. Les chants que l’on a répétés la veille ressortent, cette fois avec plus de vigueur encore, puisque la petite église est remplie et que nos amis ont ce qu’on appelle : du coffre ! (d’ailleurs, le soir à 21 heures nous sommes encore en train de les chanter. Ça reste en tête et ça s’accroche au cœur, de si beaux chants). Au terme de la messe, le père appelle tous ceux dont c’est l’anniversaire dans la semaine et les bénit. Il nous explique plus tard qu’il a vu ça aux États-Unis et que cela procurait une grande joie aux paroissiens.

Nous répétons ensuite une petite pièce de théâtre que nous allons présenter dans l’après-midi à nos amis haïtiens lors « d’un évènement socio-culturel » (je cite) qui se déroule dans cette même église. Les représentations sont prévues pour 17 heures mais il se met à pleuvoir et cela empêche certaines personnes de se rendre à la paroisse. Ici, le retard ne semble pas avoir d’importance et les contraintes horaires encore moins – de fait tout le monde attend, pas même en trépignant.

(Patienter : un sport national qui se fait dans la bonne humeur)

Une heure et demie plus tard, la pluie s’étant calmée, le spectacle peut commencer.

(Un chant de bienvenu par la doyenne du public)

 

Passés les chants, les danses et les piécettes en créole, nous leur présentons notre petit spectacle spécial AED : une explication – que nous tentons de rendre claire – agrémentée de mimes. Ça dérape un peu, il règne parfois une incompréhension mais au bout du compte nous remplissions notre mission : celle de partager un moment avec eux, de leur offrir un petit quelque chose. Ce chamboulement nous sert de leçon sur les gens et le pays qui nous accueillent : si les choses ne se passent pas comme prévues, elles se passent finalement autrement et c’est peut être mieux ainsi ; et il est d’autant plus intéressant de voir comment ce que l’on a à donner est accueilli. Nous terminons en beauté avec un rock et une macarena, au terme de laquelle le public nous rejoint sur scène. C’est un plaisir régressif, une joie simple que de se défouler tous ensemble et l’on compte bien en profiter – car il ne nous reste que peu de jours avec nos amis.

Un maxi plaisir bien partagé

Samedi 21 juillet, c’est direction « bassin Zim », une chute d’eau à la couleur digne des tropiques. Pour nous y rendre, nous grimpons dans les 4×4. Maitre Gims beugle dans l’habitacle et nous faisons des bonds sur la route, qui n’en est pas une mais est creusée de nids de poules. Il règne une joyeuse atmosphère et les rires haïtiens et français se mêlent. A l’extérieur pourtant, les gens que nous croisons semblent avoir le visage fermé. Nous arrivons finalement à Bassin Zim. L’endroit est engageant et l’on aurait bien sauté à l’eau sans réfléchir si Vanessa, qui gère les jeunes de la paroisse, ne nous avait pas dit que des mauvais esprits rodaient par là et que nombreux étaient ceux s’y étaient noyés. Pour se rafraichir, on repassera donc !

On nous fait visiter une grotte qui surplombe la chute d’eau, ce qui s’avère être une aventure bien périlleuse puisque nous sommes en tongs dans la boue et les filets d’eau, d’autant que si l’on tombe il faut veiller à ne pas se rattraper sur les parois qui sont tapies de guêpes.

Après cette aventure, nous retournons à la paroisse et, l’après midi, tentons un petit cours de créole avec Eloudgy, un jeune de la paroisse.

Voici donc les essentiels à connaître pour se rendre en Haïti et briller dès le saut de l’avion  :

Komen ouye ? Comment vas tu ?

Mwen papi mal. Je vais bien

Ke kote ou soti ? D’où viens tu ?

Ensuite nous nous mêlons à la répétition des chants destinés à la messe dominicale. La presque totalité est en créole et si l’on tente au début de se joindre aux voix, certains finissent par abandonner, s’abandonner aussi au beau milieu de ces chants tonitruants dont la ferveur n’a rien à envier à celle que nous connaissons en France.

Au sortir des répétitions certains engagent des conversations et l’on finit par se grouper autour de Mario, étudiant en droit, qui nous bluffe par son art de la parole. Ce beau parleur nous tient en effet le crachoir pendant belle lurette et le plus épatant, au delà de ses propos touchants, c’est peut être qu’il parle mieux le français que nous !

Comme il dit « je suis plus que content, c’est un maxi plaisir de vous rencontrer »

Premiers jours à Hinche

Nous avons seulement passé deux jours à Hinche et on a l’impression que cela fait plusieurs semaines que nous sommes arrivés dans cette ville plus que surprenante.

Jeudi 19, nous avons pu nous prélasser et profiter de notre matinée. Cependant nous étions trop impatients et nous n’avons pu tenir en place, trop pressés de découvrir les alentours, les gens, Haïti dans son jus. Armés de notre crème solaire, notre anti-moustique et nos appareils photo, nous avons sillonné timidement quelques rues alentours. Nous avons finalement trouvé un guide, et pas n’importe lequel : Fod qui travaille au centre. Ce dernier nous a fait visiter l’université Sainte Thérèse et le village de Massina où l’on fabrique de la farine de manioc ainsi que du sucre à partir de cannes à sucre.

L’après midi, vers 17 heures la mission commence véritablement pour nous. Nous assistons à la messe et pouvons écouter le sermon du prêtre Jacques Volcius, une sorte d’embroglio de créole et de français, destiné à nous être compréhensible. Au terme de cette messe, nous rencontrons les jeunes de la paroisse et établissons un programme pour les jours à venir.

Vendredi 20 juillet au matin, certains assistent à la messe de 6 heures 30 en créole. Après cela nous discutons avec Monseigneur Jean Désinord qui est évêque depuis deux ans et qui, avant cela, travaillait pour la radio et la télévision. Il nous parle d’Haïti et de son potentiel qu’il juge terni par la mauvaise gestion politique, des relations entre catholiques et protestants sur l’île qui sont assez délicates, du culte vaudou et du fait que « le vaudouisant ne s’assume pas ». Selon lui, il faut néanmoins distinguer vaudou et sorcellerie, qui peuvent être parfois liés. Ce qui manque, c’est un réel dialogue, un débat qui n’existe pourtant pas. Il nous explique aussi que l’île importe la majorité de ses produits et dépend pour beaucoup des États-Unis. En ce qui concerne l’environnement, qui est un point crucial tant les rues sont jonchées de déchets et que la déforestation est importante, il nous explique que l’Église tend à jouer un rôle et à peser sur la question, en avertissant la population et en organisant avec les jeunes des replantations.

Nous rejoignons ensuite les jeunes de la paroisse avec lesquels nous avons un temps d’échange et nous en profitons pour briser la glace. Certains finissent par danser et nous sommes bluffés par leur fameux déhanché. On tente aussi à notre manière d’enflammer la piste de danse et tout le monde se mêle, sur de la musique mondialisée, à la liesse.

 

Au sortir du repas, nous faisons la connaissance du père Herald. Il témoigne de son expérience en Haïti, lui qui a suivi une formation à Rome de 2000 à 2011. Il estime être plus utile ici qu’à Rome. Bien que quitter l’Italie fut difficile, il a conscience du fait qu’il était justement venu à Rome « pour prendre quelque chose afin de le donner quelque part : en Haïti. » Par ailleurs, sur l’île, même si l’on n’est pas catholique on a besoin de l’Église. Le père Herald nous indique que la voiture du curé peut servir d’ambulance par exemple et que dans beaucoup de communes seule l’Église possède un centre de santé et une école secondaire tandis que l’État n’en a pas.

 

Nous avons rendez vous à 15 heures pour une visite de Hinche. Néanmoins nous nous sommes acclimatés au pays et savons que les horaires haïtiens sont plus que relatifs… nous partons donc finalement à 17 h 30 pour cette fameuse visite dans les rues de la ville. C’est l’occasion de se rendre compte encore une fois de la précarité dans laquelle vivent les habitants. Notre petite équipe haïtienne met cependant le cœur à l’ouvrage pour mettre une belle ambiance et l’on finit par danser, faire des jeux et se couvrir de fleurs. 

C’est un sacré contraste que de voir ce qui nous entoure et cette joie qui les anime malgré tout.

 

 

Demain, c’est visite de « bassin zim », « une bien belle chute d’eau » nous a-t-on dit !

 

A très vite alors!

19 juillet : Arrivés en Haïti

Enfin arrivés en Haïti – à Hinche – dans le centre – « le seul département où il n’y a pas la mer » nous prévient le père Jacques Volcius au moment du dîner.

Mais avant d’arriver cette table-là, il nous a fallu prendre notre mal en patience. Car si nous étions préparés aux 9 heures d’avion, nous l’étions un peu moins aux 3 heures de voiture. Prendre la voiture là bas c’est tout un art : on klaxonne pour prévenir que l’on va dépasser, pour remercier, se saluer… Le klaxon est un art en soi, aussi complexe et fascinant que le créole, que l’on pense pouvoir comprendre mais qui, pour le moment, reste pour nous un secret impénétrable. Ce périple au cœur d’Haïti nous a néanmoins permis de bien prendre conscience de la pauvreté et chacun de nous a pu voler, malgré les 100 km/h sur des routes douteuses, malgré les slaloms entre les passants, malgré les chèvres et malgré les scooters chargés de l’intégralité de la famille (plus les meubles de la maison), quelques instantanés de ces vies-là.

Arrivés à la paroisse nous avons été accueillis comme des rois par le Père Jacques : c’est-à-dire avec une bière haïtienne bien fraîche, « La Prestige » (dont, je cite, « les américains raffolent »), et le récit de sa paroisse, née de rien du tout, puisqu’il nous raconte qu’il a commencé à prêcher sous un manguier. La pluie commence à tomber, on entend l’orage gronder et l’on est comme des gamins à tendre les mains vers le ciel pour un peu plus de fraîcheur. Au moment de passer à table nous comprenons qu’ici ils ne font pas les choses à moitié pour accueillir les gens : d’innombrables plats sont posés devant nous et nous les dégustons alors que la nuit tombe et qu’il fait 31 degrés.

On nous emmène à Papaye pour que nous y passions la nuit. C’est là que nous allons dormir cette semaine. C’est une sorte d’Emmaüs au milieu des tropiques et à notre plus grande surprise chacun a droit à une chambre individuelle. C’est tout confort et décidément nous n’en revenons pas de cet accueil haïtien.

Comme on dit ici : « mwen pa konprann » –> « je ne comprends pas » (ce qui nous arrive). Reste que nous allons accueillir ces surprises et nous laisser guider !

 

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