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Mille et une missions

Marhaba la compagnie!
Deux semaines déjà se sont écoulées depuis notre arrivée à Beyrouth, et notre mission chez les sœurs touche déjà à sa fin… l’ occasion de nous rendre compte que nous avons (quelques fois) délaissé nos chers lecteurs. Les coupables : les coupures d`électricité qui, en plus de nous faire dormir dans une fournaise et monter 5 étages dans le noir, nous empêchent de vous tenir informé. (La flemme n`ayant absolument rien à voir avec notre retard, soyez en assurés.)
Cet article est donc l’ occasion de se rattraper : voici un condensé ni exhaustif ni chronologique de nos activités, qui donne néanmoins une bonne impression de quelques aspects de notre mission :

Peinture :

Deux journées furent consacrées à la peinture d’une chambre d’un appartement modeste d’une famille libanaise. La veille, alors que nous buvions un café chez Tony, nous lui exposâmes notre projet et il proposa de nous aider. N’ayant pas de métier et attendant son visa pour le Canada, il accepta volontiers de se rendre utile. Son aide fut précieuse puisque nous ne savions pas peindre et que la chambre devint très belle. Et par-dessus tout, une image nous a marquée : Tony, syrien, qui aide une famille libanaise, alors que ces deux peuples ont longtemps été en conflit par le passé. Une lumière dans notre journée.

Foi et Lumière

Une de nos soirées fut consacrée à un petit évènement sur les hauteurs de Beyrouth au sein d’une association s’appelant « foi et lumière » qui accueille en son sein des personnes porteurs de handicap. Comme d’habitude, nous furent reçu comme des rois. Nous leur presentâmes notre mission et entonnâmes une petite chanson scout, après quoi tout le monde dansa. Notre simple présence fut récompensée par les sourires radieux de ceux qui sont rejetés de la société et qui nous transforment par leur amour sans limite.

Diner en famille

Nous nous séparons un soir pour aller diner au sein de famille. Apres avoir réceptionné une commande de 26 sandwichs de fallafels, nous nous séparons en trois groupes. Les familles nous accueillent avec joie ! Nous les connaissons déjà pour la plupart, ce qui facilite le contact malgré la barrière de la langue.
Clothilde, Philippe et Marion vont dans une famille irakienne, habitant Beyrouth depuis 2 ans et 7 mois, composée des parents, et de deux petites filles : Mariana (9 ans) et Linda (6 ans). En arrivant, elles nous sautent dans les bras. Le dîner se déroule dans la joie, entre concours de la plus grande bouchée, claps de mains, et liste de chiffre et couleurs en français, anglais et arabe. A la fin du repas, les deux filles nous entrainent dans un jeu avec des ballons de baudruches, sous les yeux ravis de leurs parents. (Notes pour la prochaine fois: éviter le sport après l’ ingestion d’ une forte dose de fallafels !)

Jeunes de la paroisse de Bourj Hamoud

Nous avons assisté à la répétition d’une pièce de théâtre de la vie de Saint Doumit. Cette pièce a été écrite et mise en scène par un jeune de la paroisse, (Pierre, il porte bien son nom) qui se destine à être prêtre. L’implication de ces jeunes débordant  d’énergie dans ce projet nous a touchée, d’autant que la pièce met en scène des chrétiens persécutés. Ils sont pour nous des exemples car leur mérite est grand et parce qu’il est de plus en plus difficile d’être chrétien au Liban. Leur foi est solide, de même que leur courage. Prenons-en de la graine, et battons-nous pour défendre notre foi dans notre pays.

Rencontre avec l’ évêque latin

En tant que chef d’une des 18 communautés religieuses du Liban, Monseigneur Cesar Essayan a un rôle extrêmement important. Nous avons eu l’honneur de le rencontrer lors d’un dîner chez lui, à l’évêché, perché sur les hauteurs de Beyrouth. En plus d’un accueil mémorable, cette rencontre fut l’occasion pour nous d’échanger sur la situation religieuse et politique, en particulier sur « l’exception libanaise », seul pays du Moyen Orient où les communautés vivent (pour l’instant) en paix.

Témoignage d’une famille syrienne

Mercredi 26 juillet :

Blandine et moi entrons chez Tony. Tony est un père de famille. Il est syrien, a une femme, un fils de quatorze ans et une fille de dix ans, et il a tout perdu. Nous avons fait connaissance dès notre arrivée à Beyrouth et avons depuis liés une amitié unique en son genre. Blandine travaille pour RadioVatican et elle est venue au Liban pour voir et témoigner de notre action avec l’AED.

Nous demandons à Tony s’il est d’accord de nous livrer son histoire malheureuse. Il l’est, et désire que sa parole « soit celle de milliers de chrétiens dans sa situation ». A peine commence-t-il son récit qu’il va sur la terrasse pour cacher ses larmes. Nous sommes gênés, ne savons que faire. Silence total pendant une longue minute, je prie. Que puis-je faire d’autre ?

Puis, difficilement et tout en pleurant encore, il entame la traversée d’une très grande épreuve, à savoir replonger dans le passé, le feu, les cris, la fuite… Il ne s’arrêtera pas deux heures durant.

Tony habitait à Damas dans une belle maison. Il travaillait en tant qu’ingénieur pour le compte de la banque de Syrie. Puis Daesh est venu, les chrétiens ont été persécutés, sa maison a été détruite. « Nous avons vu des magasins explosés, des centaines de personnes mourrir, des missiles qui volaient au-dessus de nos têtes ». Alors la fuite a commencée. Il n’a pu prendre que ses papiers et de l’argent liquide. La maison a été vendue à un prix dérisoire. Après des heures d’attentes, des check-points à n’en plus finir, Tony et sa famille ont atteint le quartier de Bourj Hamoud au Liban.

Ils vivent dans un petit appartement muni du strict nécessaire depuis sept mois maintenant, et attendent leur visa pour le Canada. Tony n’a pas de métier, pas de papiers, il réside donc illégalement sur le sol libanais et s’il se fait contrôler sera renvoyé en Syrie. Il ne sort presque pas de chez lui, vit dans une peur permanente. Il n’a quasiment plus d’argent. « La vie et la mort me sont égales. L’unique raison qui m’encourage à vivre, c’est ma femme et mes enfants. J’ai l’espoir qu’un jour, je verrai briller dans leurs yeux la lumière de l’enfance, cette lumière qui vous habite vous en ce moment », nous dit-il.

Cela fait une heure que nous l’écoutons. Il va mieux désormais. Il s’est calmé et a repris le contrôle de ses émotions débordantes, et ne s’arrête plus de déverser ce qu’il a sur le coeur. Blandine et moi sommes profondément bouleversés par son courage, honorés qu’il se livre à nous avec tant de générosité. « Les islamistes nous tuent », reprend-t-il. « Ils nous enlèvent l’eau et l’électricité ». Le fils de Tony me fait remarquer que son grand père a été privé d’eau et d’électricité durant plus de quatre mois. Quatre mois ! Quel homme peut faire ça ?

Après nous avoir livré non pas sa haine mais sa peur de l’Islam, Tony nous dit : « comment pouvez-vous accepter des musulmans chez vous ? Je les connais, je sais ce qu’ils sont, ils vous réserveront le même sort qu’à nous. The young wolf will grow up and become a murderer. » Parole prophétique ?

Des milliers de chrétiens syriens et irakiens se trouvent dans la même situation que Tony. Et encore, il a la chance (ou du moins avait car tout a fondu) d’avoir un petit peu d’argent de côté, un frère au Canada, et de n’être pas blessé. Sa maison, le lieu où il a fondé sa famille, a été torpillée. Il a fui sa terre natale et n’y retournera jamais, il ne le veut pas. Malgré cela, il remercie Jésus pour tout ce qui lui reste, et notre présence lui fait du bien.

Ne nous voilons pas les yeux, osons parler de ce que Daesh fait au Moyen-Orient, prions pour que des milliers de familles retrouvent une maison, engageons-nous auprès d’eux, montrons-leurs que la France, fille aînée de l’Eglise, ne les a pas abandonnée. Le jour où j’apprendrai que Tony aura obtenu son visa pour le Canada, j’exulterai de joie.

« Ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. Dans l’attente de ce jour, frères bien-aimés, faites donc tout pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables, dans la paix »

Notre quotidien auprès des sœurs de la Charité de Ste Jeanne-Antide (Besançon)

Nous partageons donc a Beyrouth la vie et les missions des Sœurs de la Charité de Sainte Jeanne-Antide (Besançon). Au nombre de trois, elles forment une communauté dont l’appellation pourrait faire croire qu’elles sont originaires de France, mais seule l’est la congrégation dont elles sont issues. Ainsi sœur Nada est-elle originaire du Liban, de même que sœur Samar, tandis que sœur Manar, la dernière à avoir intégré la communauté, est originaire d’Egypte.
En tant que sœurs missionnaires dont l’action est au service des pauvres, malades, et plus globalement ceux qui sont dans le besoin, elles vivent non repliées sur elles-mêmes dans un couvent mais au contraire au plus proche de la population dans un modeste appartement au cœur du quartier populaire de Nabaa-Bourj Hamoud. Et sans doute leur jeunesse, qui tranche avec les vêtements immuables et le voile dont elles sont revêtues, contribue-t-elle à l’ardeur qu’elles mettent dans leur mission. Connues de tous les habitants, nos sorties dans les rues à leur côté ne se font jamais sans qu’elles ne se fassent arrêter par les habitants qu’elles croisent, que ce soit pour échanger des nouvelles, pour recevoir des confidences, ou bien pour un simple merci. Oreilles attentives au désespoir de ceux qui les entourent, une bonne part des missions que nous partageons avec elles consiste à se rendre au chevet des plus démunis et à leur apporter un soutien, que celui-ci soit spirituel, psychologique, moral, ou bien matériel et financier.

En mission dans Nabaa avec les Soeurs de la Charité

Chaque jour nous nous rendons avec elles chez les uns et les autres, que ce soit pour une écoute s’achevant souvent par des sourires et des larmes, ou bien pour une aide plus concrète : repeindre la chambre d’une famille démunie, aider à la toilette d’une personne paralysée vivant dans une extrême pauvreté. La reconnaissance exprimée par la population envers l’action des soeurs pousse ceux qui en éprouvent le besoin à faire directement appel à elles. Illustration : une après-midi, la sonnette de l’appartement retentit et nous voyons rentrer un vieil homme aux vêtements rapiécés. Celui-ci explique d’une voie fluette pleine de pudeur qu’acculé par les dettes il va probablement se faire expulser s’il ne règle pas une partie de ce qu’il doit. Les sœurs lui remettent alors de quoi satisfaire le propriétaire qui lui loue un logement misérable à prix d’or. Heureusement, les appels qu’elles reçoivent ne viennent pas seulement de ceux qui sont dans le besoin mais aussi parfois de ceux qui souhaitent faire acte de bonté et contribuer à leur action, notamment par des dons. Exemple : un matin, les soeurs reçoivent un appel de la part d’un boulanger souhaitant leur faire don de ses invendus. Nous nous empressons alors de recevoir les pâtisseries pour les donner à certaines familles. De même il n’est pas rare que des anonymes déposent devant la porte de leur appartement divers dons, tel que des denrées alimentaires ou des vêtements. Le travail des soeurs repose sur la générosité des donateurs (parfois anonymes), témoins de l’action bienfaisante de celles-ci.

Bien sûr une longue énumération ne suffirait pas a rendre compte de l’étendue et de la résonance de leur action au coeur du quartier dans lequel elles vivent ; et tant de moments forts et bouleversants vécus à leurs côtés, parfois tristes, parfois heureux, ne peuvent que nous laisser admiratif et humble devant ces existences vouées à Dieu et au service du prochain. Nul doute que nous en serons à jamais marqués et transformés. Elles sont pauvres parmi les pauvres, désirent être la voix de ceux que l’on entend pas. Leur travail est continu, et les nombreux sourires et remerciements qu’elles reçoivent suffisent à combler leur existence d’une joie illimitée.

Le regard du pauvre

 

Loin du regard des hommes vaniteux,
Du confort passif et stérile de l’âme fatiguée ;
Loin de la foule agitée et de l’oeil inquiet,
Il veille.

Cherchez bien ce qui se trouve au fond de sa prunelle ;
Vous y verrez un trésor éclatant de simplicité.

Ni voilé, ni fourbe, ni moqueur et ni jaloux,
Il est le reflet d’une vie faite de sacrifices et de peines surmontées.

Il n’a rien et il a tout.
Pauvre parmi les pauvres,
Sa richesse est discrète, sa voix
Lointaine.

« Les belles actions cachées sont les plus estimables »
Dit Pascal.

Sa gloire, il ne la tire pas des hommes mais de
Dieu seulement.

Car Dieu tend la main à ceux qui n’ont rien d’autre que
Lui.

Le regard du pauvre est vrai,
Beau dans son besoin d’amour,
Sincère dans son élan altruiste,
Salvateur par la lumière qu’il projette sur nos visages futilement soucieux.

Le regard du pauvre est riche d’une source qui partout
Étend ses bras et qui, à l’heure fatidique,
Sauvera les hommes qui ont tout et qui n’ont rien.

 

JMJ et maronites

Nous sommes allés aux JMJ…M!

 »N’ayez pas peur » en syriaque et drapeaux US,  Chypre et Liban

Mardi 18 au soir nous avons participé aux Journées Mondiales de la Jeunesse Maronite, un rassemblement dont nous ne soupçonnions même pas l’existence il y a quelques jours. Et pour cause, c’était leur première édition. Cet évènement a réuni 1500 jeunes issus de la diaspora libanaise autour du patriarche maronite Bechara Raï. Auparavant, ils ont passé quelques jours dans les différents diocèses.

Pour notre part, nous avons rejoint le diocèse d’Anthélias. Il accueillait des fidèles de Los Angeles et de Chypre. Le programme de la soirée était une messe suivie d’un petit concert du groupe Spirito. Ce groupe est né lorsque quelques amis ont entonné spontanément des chants religieux sur une plage et se sont rendu compte que cela attirait beaucoup de monde. Ils ont ensuite voulu continuer à chanter ensemble pour en faire un moyen d’évangélisation.

Mgr Kamil Zaidan conversant avec Soeur Nada

L’évêque local, Mgr Kamil Zaidan, nous a souhaité la bienvenue et a même eu la gentillesse de nous expliquer l’histoire du lieu où nous étions réunis. Bherdok, où se trouvait le couvent St Georges, appartient au diocèse ainsi que ses alentours. Il a été décidé en l’an 2000 de transformer l’endroit en une réserve naturelle de 20 hectares. Ce terrain vallonné aux accents méditerranéens rappelle à certains d’entre nous la Corse. Ou peut-être plutôt la Galilée ? Un paysage qui nous invite à la contemplation.

Couvent St Georges

La messe se poursuit, animée par une chorale dynamique. Nous voudrions joindre nos voix aux leurs mais notre niveau d’arabe (frôlant le zéro absolu, à la différence du thermomètre) nuirait à l’harmonie d’ensemble… Vivement une nouvelle Pentecôte!

L’Eglise Maronite pour les nuls

C’est quoi ? Il s’agit d’une Eglise orientale qui a toujours été fidèle à l’Eglise Catholique universelle. Elle reconnait donc l’autorité du Pape. Les Maronites constituent la plus grande communauté chrétienne du Liban, soit 90000 fidèles au Liban et  3500000 estimés dans le monde.

Son origine ? Elle doit son nom à St Maron, un moine syrien du IVème siècle qui termina sa vie dans les montagnes libanaises. Il fut un ami de St Jean Chrysostome. Des hommes suivirent l’exemple de prière et d’ascétisme donné par St Maron. Ils furent les premiers maronites.
L’Eglise Maronite fut persécutée dès ses débuts, notamment à la fin Vème siècle par des hérétiques qui n’acceptèrent pas le Concile de Chalcédoine, et au VIIème siècle lors d’invasions musulmanes.

Et la messe maronite ? C’est le moment de témoigner de notre gratitude envers le Père Jean qui nous a  donné une traduction de la messe maronite en français. En effet, la messe est célébrée essentiellement en arabe, et les paroles de consécration sont en araméen (la langue du Christ).
Comme j’imagine que nos lecteurs n’ont pas tous eu l’occasion de participer à une célébration en rite maronite, je vous livre quelques informations en vrac sur le sujet:

-la plupart des paroles que prononce le prêtre sont chantées
-la prière eucharistique est dite de St Jacques
-la communion des fidèles se fait souvent sous les deux espèces
-contre toute attente, la Paix du Christ ne se donne pas en serrant la main de ses dix voisins les plus proches mais se reçoit de l’autel par l’intermédiaire du prêtre puis des servants de messe. Celui qui transmet la Paix joint les deux mains en les tendant vers son voisin. Cela signifie aussi qu’il demande pardon à tous les hommes, que symbolise son voisin. Le fameux voisin reçoit la paix en refermant ses mains autour de celles qui lui sont tendues. Et passe au suivant.
-le chant du ‘Qadichat’ (‘Tu es Saint’) vous reste toute la journée dans la tête …Attention, si vous êtes  plus de 1000 à aimer notre page nous vous publierons en exclusivité un enregistrement de ce chant mémorable  !

Célébrités maronites ? Pour briller en société  vous pourrez citer l’écrivain Khalil Gibran ou bien St Charbel Maklouf. J’en profite pour vous signaler que Charbel est le prénom  masculin le plus populaire parmi les chrétiens libanais.

Eglise Mar Doumit

Un grand merci à Abouna et  Soeur Nada qui m’ont fourni de précieuses infos pour écrire cet article.

Clotilde Arviset

 

Saint Charbel

Dimanche 23 juillet :

Nous prenons la route vers 9h30 en direction du sanctuaire de Saint Charbel, à Annaya, dans la haute montagne libanaise.

Saint Charbel est officiellement le saint patron du Liban. C’était un prêtre et moine-ermite libanais de l’Église maronite, ayant prononcé ses vœux religieux au sein de l’Ordre libanais maronite. Il est béatifié en 1965 et canonisé en 1977 par le pape Paul VI.

Nous arrivons pour participer à la messe de 11h. En effet, une messe est célébrée chaque heure tous les dimanches, de 7h à 12h. Il y a foule, surtout en ce moment, car saint Charbel était célébré la semaine dernière.
Après la messe, nous avons la chance de visiter le modeste musée dédié à la vie du saint, ainsi que de voir son tombeau.

 

Nous allons ensuite déjeuner chez la famille Jabbour, à dix minutes en voiture de l’église Saint Charbel. Le père, Eli, tient une usine de chaussures à Borj Hammoud, dans laquelle il travaille avec sa famille. Tous les jours, il prend en charge le transport de ses employés en les déposant à l’usine. Alors qu’il se rendait à l’église Mar Doumit (Saint Doumit), il réalisa qu’il y avait un grand nombre de personnes dans le besoin. Il eut alors la belle idée de réunir dans sa maison autour d’une table largement fournie des personnes âgées vivant seules. Les soeurs se chargèrent donc de réunir une vingtaine de personnes, dont une famille irakienne avec cinq enfants.

La famille Jabbour nous reçoit avec une générosité débordante. Ils mettent les petits plats dans les grands pour nous accueillir. Le déjeuner n’en finit plus, on nous sert toujours plus de nourriture. Entre deux services, le fils, Assaad, et Eli se mettent à danser sur de la musique libanaise, et nous invitent à les rejoindre. On essaie tant bien que mal de suivre le rythme.

Avant de quitter la famille, une petite séance photo s’impose pour immortaliser ces moments. Sur le chemin du retour, Georges (10 ans) et la petite Angela (8 ans) se mettent à danser dans le bus sur le rythme de chansons libanaises, pour finir la journée en beauté !

Christelle Emlek

Excursion dans le Chouf

Samedi 22 Juillet. Bourj Hammoud, 11h.

Départ en groupe pour une excursion dans le Sud Liban. Après une semaine de vie citadine, bruyante et un peu chaude, l’idée de s’aérer n’est pas de refus. Après un bon petit déjeuner, la troupe se met en route, séparée en deux entre le mini bus, et la voiture d’Abouna (le père français qui nous accompagne). La sortie de Beyrouth est difficile, mais la jovialité d’Abouna et son inlassable disque de Vivaldi nous mettent de bonne humeur. Nous passons par certains quartiers chiites. A la sortie de Beyrouth, nous nous faisons arrêter à un barrage de l’armée, par un militaire aussi aimable qu’un frigidaire, qui nous demande nos papiers, et nous laisse repartir après quelques regards noirs.
Direction le Chouf. Nous longeons le littoral en direction du sud, se laissant bercer au contact des champs de bananiers, les palmiers disséminés et les vallées d’oliviers. Les montagnes sont verdoyantes, mais sont par moment parsemées d’immeubles et de maisons abandonnées qui donnent une impression étrange.

Le Chouf est en effet en train de panser ses blessures. Cette région a longtemps été le théâtre de conflits sanglants entre druzes et chrétiens. Sur la route, Abouna nous montre un long mur qui borde la chaussée, et nous explique que les pierres qui le composent ne sont autres que celles des villages chrétiens détruits par la guerre. Bientôt, nous passons au large du village martyr de Damour, « l’Oradour-sur-Glane » libanais, où 70 chrétiens ont été brûlés vif dans l’église en 1976.
Nous arrivons à Deir el Qamar, charmant village accroché aux flanc de la montagne, l’occasion pour nous de déguster un délicieux mechwé, et de faire quelques emplettes.


Nous repartons à Beiteddine, littéralement « Bait », la maison, et « din » la religion’ la maison de la religion, qui doit sa célébrité au palais de l’émir Bachir II, et résidence d’été du Président de la République. Coup de chance, un guide nous reconnait ( étant le beau-frère d’une soeur de la Charité) et nous propose de faire un tour du palais. Le palais est splendide: Maurice Barrès dira en 1914: « Au dessus d’un profond ravin s’élève un des plus saisissants palais qu’il m’ait été donné de visiter. […] Quelles sont les annales d’un tel lieu, à la fois prison, forteresse, harem, dont les jardins de buis et de cyprès respirent la mort et la volupté ? ».

Nous nous promenons avec ravissement dans les salons, les patios, les hammams, les jardins, les fontaines, les tours crénelées… Détail intéressant, le plafond de la salle de bain de l’émir et de sa femme favorite: on raconte que l’une des 3 femmes de l’émir était chrétienne, et que, par amour pour elle, il aurait fait creuser en secret une croix dans la coupole des plafonds. En effet, aux premiers abords, les cabuchons de verre qui laissent filtrer la lumière ne semblent pas être disposée selon une quelconque forme, mais, lorsque l’on dispose ses lunettes de soleil sous la coupole, les cabuchons se rassemblent pour former une croix. L’émir se serait par la suite converti au christianisme, mais peu de personnes parlent de cette conversion…


Après une courte pause dans les jardins, nous repartons pour tenter de voir les fameux cèdres du Liban au coucher du soleil. Échec : le parc national est fermé. Nous nous arrêtons néanmoins sur la route du retour, pour admirer le coucher du soleil au dessus d’une épaisse brume qui envahit petit à petit la vallée. Le paysage est magnifique: la montagne est baignée d’une lumière orangée, et se détachent ça et là les rangées de pins parasol. Nous rentrons, épuisés mais ravis.

Marion Leprince-Ringuet

Portrait d’une famille irakienne de Bourj Hammoud

 

Aliette, Jérémy, et la famille irakienne : le papa (41 ans) et la maman (32) ; les garçons (11 et 10), et les filles (8, 6 et 5).

Cette famille est arrivée au Liban il y a trois ans. Ils viennent de Mossul (Irak) où ils possédaient une très grande maison, un supermarché et plusieurs hectares de champs de blé. Leur maison a été détruite dans un attentat de Daech qui a frappé toute la région. Ils ont été chassés par les djihadistes parce qu’ils sont chrétiens. Le papa a été violenté, le choc l’a rendu diabétique. Ils ont dû fuir à pieds, emportant uniquement les vêtements qu’ils portaient.

Ils habitent maintenant dans un deux-pièces (salle de vie + chambre avec un lit) à Bourj Hammoud, dans la banlieue de Beyrouth. Le papa est gardien d’une école privée libanaise pour un salaire minime, la maman travaille aussi à l’école. Les Soeurs de la Charité de Ste Jeanne-Antide (Besançon) les aident financièrement grâce à des dons de bienfaiteurs locaux, leur donnent des denrées alimentaires, et proposent parfois des sorties pour les enfants. Les filles étudient dans cette école privée catholique (les soeurs qui tiennent cette école leur offrent la scolarité). Les garçons au contraire, plus grands, ne peuvent s’insérer dans un système scolaire si différent de celui qu’ils avaient en Irak. Ils vont donc à une sorte d’école spécialement faite pour les réfugiés irakiens, uniquement l’après-midi. Elle est financée par l’état libanais. Le papa n’a pas l’argent nécessaire pour traiter son diabète (au Liban, l’accès aux soins est difficile, particulièrement pour les réfugiés…) et sa vision se déteriore…

Nous leur avons rendu visite pour leur apporter un gâteau et des viennoiseries invendus donnés par une pâtisserie. La maman nous a offert de l’eau et du café. Ensuite, elle nous a montré avec fierté les bulletins de ses filles, qui ont de très bonnes notes à l’école. Ils attendent leurs visas pour émigrer au Canada, car leurs cousins y habitent.

Tout le groupe les a revus ce dimanche 23 juillet ; et est tombé sous le charme de ces beaux enfants timides mais souriants. Le trajet du retour a été rempli de musique irakienne et de danses dans le bus, l’ambiance était aux rires et aux applaudissements. Le papa également à dansé, et nous a dit après coup que c’était la première fois depuis qu’ils sont arrivés au Liban (il y a 3 ans) qu’il se sentait heureux. Il nous a affirmé : « Nous sommes des morts vivants. On ne vit plus, on survit pour que nos enfants aient un avenir meilleur. »

Danses dans le bus 😉

Certaines rencontres nous marquent, ce fut mon cas avec cette famille. Peut être à cause des yeux bleus des filles, des larmes dans ceux de la maman lorsqu’ils nous racontaient leur histoire, des regards confiants des garçons. Je les admire de savoir ainsi s’ouvrir à des étrangers, garder foi et confiance et rester si unis malgré les épreuves. Ils m’inspirent admiration et compassion. Cette famille restera dans mes prières.

 

Aliette

Le rayonnement de ceux qui n’ont rien

Lundi, mardi et mercredi 17, 18 et 19 juillet :

L’organisation des journées se précise. Nous formons trois groupes ; l’un se consacre au soutien scolaire, l’autre visite des familles qui vivent pauvrement, le dernier prépare le déjeuner.

Le contact avec les enfants se fait facilement, dans une atmosphère détendue. Leur niveau de français est bon, nous communiquons sans problème et ils semblent ravis de nous voir. Après un peu de soutien scolaire et quelques jeux dans la cour, la reconnaissance brille déjà dans leurs yeux. Il en faut peu…

Les visites sont d’une simplicité et d’une intensité extraordinaire. Les personnes que nous rencontrons sont pour majorité des femmes qui vivent soit seules soit avec un fils, un mari, dans une seule pièce, dans des conditions de vie très précaires. Chaque personne que nous rencontrons, à qui nous offrons un petit peu de nourriture, des sourires, des paroles, nous témoigne un grand amour. Notre seule présence leur apporte du réconfort. C’est bouleversant de voir à quel point la solitude  est présente partout autour de nous, mais aussi combien les pauvres sont riches de cœur. « J’ai une petite maison mais un grand cœur », nous déclare une femme qui vit seule avec son fils. « Lorsque je souffre, je souffre pour Jésus et mes douleurs ne sont rien à côté des siennes », nous dit une dame qui marche très peu en raison de problèmes physiques et ne sort presque pas de sa maison.

La parole que nous rencontrons chaque jour chez ces personnes qui nous ouvrent leur cœur est élémentaire, épurée, essentielle. Aucune agressivité, aucune hypocrisie, seulement une vérité nue, noble et dépouillée.

Nous apprenons vite à perdre nos habitudes occidentales de retrait et d’éloignement, chantons et dansons avec les libanais, acceptons autant que nous pouvons ce qu’ils nous offrent. Ce pays est une merveille.

Terre de mélange et de partage. Terre où de nombreux peuples ont vécu en discorde et en concorde. Terre brûlante de la foi et de la violence des hommes. Terre où abonde une générosité infinie, où l’ombre côtoie la lumière en quête d’infini. Terre ancienne, Terre des commencements, Terre où a commencé et où s’achèvera le temps.

Que la Parole de ce jour nous guide en chaque instant :

« Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez-le au service des autres, comme de bons gérants de la grâce de Dieu sous toutes ses formes : si quelqu’un a le don de parler, qu’il dise la parole de Dieu ; s’il a le don du service, qu’il s’en acquitte avec la force que Dieu communique. Ainsi, en toute chose, Dieu recevra sa gloire par Jésus Christ ». 1P4, 10-11

Photos du Liban

Notre-Dame du Liban

Beyrouth : confrontation entre tradition et modernité et entre les communautés

  

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