La journée du mardi est très chaude (ce ne sera pas la dernière), aussi la plupart des enfants préfèrent rester chez eux. C’est donc avec un effectif réduit que nous commençons la journée. Nous nous sommes rapidement mis d’accord sur un programme journalier bien défini : messe tous les matins à 9h avec le père Christopher (célébrée en latin mais sous la forme ordinaire du rite romain), puis petit-déjeuner, nous passons la mâtinée à lire (une émulation de groupe s’est formée autour des livres de Simone Weil que Quentin a ramené de France), jouer aux cartes, à faire les courses au marché ou au supermarché, à visiter la ville, à faire le ménage et à mener les affaires courantes de la vie en communauté ; nous déjeuner vers 13h avec le père Christopher, puis nous sortons pour nous occuper des enfants pendant toute l’après-midi, jusqu’à 19h ou 20h, en nous relayant pour les petites pauses de l’après-midi et la préparation du dîner, que nous prenons aussi avec le père Christopher. Nous passons la soirée ensemble, à visiter Ungheni ou à rester faire des activités entre nous.

Nous profitons des temps de repas pour questionner le père Chistopher sur la situation à Ungheni. Il y a 11 catholiques sur les deux paroisses d’Ungheni et de Sculeni, dont il a la charge. Lors de la construction de l’église d’Ungheni, il y a 10 ans, ils étaient 20, mais les vieux ont passé et les jeunes sont partis, comme dans toute la Moldavie (25 % d’expatriés). Il y a une carte de la Moldavie accrochée dans le salon, il en profite pour nous dresser l’état de la communauté catholique dans le pays : il y a 4 catholiques à Comrat, 3 à Goldeni, 2 familles à Rezina, etc. La plupart d’entre eux n’ont pas de prêtres à proximité et vivent leur foi dans un milieu exclusivement orthodoxe.

Nous lui demandons pourquoi il a voulu être missionnaire : il nous parle de son appétence initiale pour les sociétés tribales (il a été auparavant en Tanzanie et au Kenya) mais dont il s’était rendu compte que ce n’était pas fait pour lui, de son goût pour les langues (il parle Allemand, Polonais, Russe, Roumain, Espagnol, Italien et a de très bonnes notions en Ukrainien, en Slovaque et en Anglais), et de son désir pauvrement (il critique par exemple le fait que les prêtres polonais soient très bien rémunérés). Nous lui demandons quels sont ses activités et son emploi du temps à Ungheni : il nous répond avec une pointe de pessimisme qu’ il le passe à payer les factures, à nettoyer et à demander à son évêque pourquoi il est là. Comme beaucoup de missionnaires, il se pose la question de la pérennité de son action et de sa paroisse.

Côté travaux physiques, le service est de taille : le clocher de l’église est doté sur les quatres côtés de grands panneaux formés de baguettes de bois de forme rectangulaire positionnées de biais comme dans les stores d’intérieur et montées sur un cadre en bois à base rectangulaire surmonté d’un autre cadre triangulaire. Le problème, c’est que sur la partie la plus visible, le cadre s’est relâché et les baguettes sont tombés, laissant voir un trou béant qui heurte le regard. Aussi, le père nous a demandés (en particulier aux garçons) de l’aider à réparer le panneau. Nous commençons le travail mercredi, où nous passons l’après-midi à dévisser le panneau, puis (après moult réflexion et essais malencontreux)) à le laisser glisser le long du toit de l’église jusqu’au sol, attaché à une corde, pour pouvoir le retaper sans avoir les pieds dans le vide. Nous devons le repeindre et le réassembler, cependant pour ce faire, le père doit passer acheter le matériel, nous remettons donc la séance à plus tard. De plus, aujourd’hui, c’est la Saint Elie, et pour les orthodoxes, le travail manuel est prohibé pour la journée, aussi le père préfère ne pas trop attirer l’attention. Ce n’est que partie remise !

(Photo: Les panneaux de bois désolidarisés (ils étaient auparavant vissés entre eux) après avoir repositionné et recollé la plupart des baguettes de bois (le trou faisait auparavant l’équivalent de la moitié du panneaux rectangulaire)

(Photo: Le clocher de l’église, une fois le panneau de bois enlevé)

(Photo: l’intérieur du clocher)