Le matin de lundi, visite de Bonabite, petit village du département Centre, relativement voisin de la paroisse. Après une demie-heure entassés dans un vieux SUV Toyota – toujours bien en vie cela étant – nous débarquons sur un champ de cailloux donnant sur une rivière. Là, des familles se lavent et font leur lessive. Passés de l’autre côté de la rivière, nous continuons de marcher au milieu des herbes hautes et des bananiers, musique à tue-tête, dansant, chantant : à l’haïtienne. Devant nous se trouve la chapelle du village. L’édifice en béton est encore en construction, et sert de salle de vie, de classe, etc. Pas de toit, de fenêtres : juste une simple structure en béton non achevée. Le lieu nous semble éloigné de tout et pourtant vraiment familier : le père Jacques faisait l’école à Bonabite sous le grand manguier, y construisit des salles de classes, et le lieu reste encore aujourd’hui connu pour cette raison. Les habitants nous rejoignent au milieu des danses et de l’effervescence. Entre la chapelle et l’école, composée de deux bâtiments distincts, se dresse le fameux manguier. Un homme y est perché et les mangues pleuvent au fur et à mesure que nous approchons. La partie la plus fun de la matinée commence – après les danses, bien sûr – nous apprenons à manger des mangues avec nos seules dents. Il faut les croquer par le bas et remonter ensuite pour enlever la peau. On s’échange des sourires de fierté, sourires tintés de fibres de mangue restés coincés entre les dents (eh oui, cette technique n’est pas sans faille !).

Il est temps de regagner la voiture et de partir pour l’Université Notre-Dame, université dans laquelle bon nombre de nos amis haïtiens étudient. Première étape, le terrain de basket, où des fours solaires ont été disposés afin de cuire des gâteaux. Il fait tellement chaud que seulement 1 heure est nécessaire à leur cuisson. Cette technique est très utile en Haïti où les fours ne sont que peu souvent disponibles pour le plus grand nombre ; le guide ajoute cependant que le prix relativement élevé des fours solaires limite leur utilisation. Il est d’ailleurs nécessaire d’avouer que la plupart d’entre nous étaient plus concentrés sur l’odeur des gâteaux que sur les explications. La visite se poursuit avec le laboratoire de l’université, qui sert tant aux travaux pratiques des étudiants qu’à des diagnostics extérieurs comme pour des cliniques. Toutes sortes de machines sont présentes, tant pour stériliser, que pour reconnaître des maladies dans des échantillons sanguins, etc. Pas grand monde dans l’équipe ne comprend un traître mot de tout ce qui à trait aux sciences, aussi je ne développerai pas plus ce point. Le clou du spectacle fut le bio-gaz, du méthane extrait par des élèves de l’université grâce aux déchets, et utilisé pour cuire les aliments. Ce procédé écologique est très intéressant à l’échelle d’une université, surtout dans un pays où les détritus sont jetés n’importe où et partout à la fois. La fierté des étudiants dans ce projet était particulièrement palpable et touchante, et ce, de manière pratique, puisqu’ils avaient cuisiné pour nous un festin somptueux à l’aide du bio-gaz.

Mardi matin, nous arrivons à la Caritas de Hinche pour visiter les locaux. C’est une agréable surprise : il y a un pôle administration, ecosol (économie solidaire, programme de micro-crédit pour ceux qu’on appelle ici les ‘piti machan’, les petits marchants auxquels les banques ne veulent pas prêter), coordination, santé, agriculture (pour aider et suivre les paysans). Tout est fait ici pour que les plus petits, ceux que personne ne veut aider, puissent être aidés.
C’est l’heure de repartir. Opération Saut d’Eau. Nous devons nous rendre à une cascade, lieu de pèlerinage à la fois catholique et vaudou, très important dans le département. Le père Jacques nous prévient : l’endroit sera sûrement très sale puisque nous arrivons après la fête patronale. Et il avait bien raison d’ailleurs. Malgré tout, les deux énormes chutes d’eau sont impressionnantes, que l’on soit en dessous ou même à leur niveau.

Tous, nous avons eu l’impression d’être à mi-chemin entre un autre monde et un décor de cinéma. En retournant sur la rive, nous avons pu voir les rituels vaudous si importants en ce lieu : les bols cassés dans la rivière, les femmes couvertes de terre qui invoquent les esprits, les bougies et autres ont parachevé notre étonnement et notre curiosité.

Sur la route du retour, nous avons dit au revoir à bon nombre de nos amis que nous n’allions pas revoir avant notre départ, le lendemain matin. Les adieux furent difficiles mais nous attendions la soirée créole avec impatience. Celle-ci s’est déroulée en petit comité : au programme, joie, bonne humeur, jus de canne à sucre, couettes de maïs grillé, danse, chant et tamtam.

le lendemain matin, nous faisons un dernier adieu au Père Jacques, au Père Herlard ainsi qu’à notre ami Alouidjy. Ce sont nos derniers instants à Hinche : les denye jou.