Samedi 22 Juillet. Bourj Hammoud, 11h.

Départ en groupe pour une excursion dans le Sud Liban. Après une semaine de vie citadine, bruyante et un peu chaude, l’idée de s’aérer n’est pas de refus. Après un bon petit déjeuner, la troupe se met en route, séparée en deux entre le mini bus, et la voiture d’Abouna (le père français qui nous accompagne). La sortie de Beyrouth est difficile, mais la jovialité d’Abouna et son inlassable disque de Vivaldi nous mettent de bonne humeur. Nous passons par certains quartiers chiites. A la sortie de Beyrouth, nous nous faisons arrêter à un barrage de l’armée, par un militaire aussi aimable qu’un frigidaire, qui nous demande nos papiers, et nous laisse repartir après quelques regards noirs.
Direction le Chouf. Nous longeons le littoral en direction du sud, se laissant bercer au contact des champs de bananiers, les palmiers disséminés et les vallées d’oliviers. Les montagnes sont verdoyantes, mais sont par moment parsemées d’immeubles et de maisons abandonnées qui donnent une impression étrange.

Le Chouf est en effet en train de panser ses blessures. Cette région a longtemps été le théâtre de conflits sanglants entre druzes et chrétiens. Sur la route, Abouna nous montre un long mur qui borde la chaussée, et nous explique que les pierres qui le composent ne sont autres que celles des villages chrétiens détruits par la guerre. Bientôt, nous passons au large du village martyr de Damour, « l’Oradour-sur-Glane » libanais, où 70 chrétiens ont été brûlés vif dans l’église en 1976.
Nous arrivons à Deir el Qamar, charmant village accroché aux flanc de la montagne, l’occasion pour nous de déguster un délicieux mechwé, et de faire quelques emplettes.


Nous repartons à Beiteddine, littéralement « Bait », la maison, et « din » la religion’ la maison de la religion, qui doit sa célébrité au palais de l’émir Bachir II, et résidence d’été du Président de la République. Coup de chance, un guide nous reconnait ( étant le beau-frère d’une soeur de la Charité) et nous propose de faire un tour du palais. Le palais est splendide: Maurice Barrès dira en 1914: « Au dessus d’un profond ravin s’élève un des plus saisissants palais qu’il m’ait été donné de visiter. […] Quelles sont les annales d’un tel lieu, à la fois prison, forteresse, harem, dont les jardins de buis et de cyprès respirent la mort et la volupté ? ».

Nous nous promenons avec ravissement dans les salons, les patios, les hammams, les jardins, les fontaines, les tours crénelées… Détail intéressant, le plafond de la salle de bain de l’émir et de sa femme favorite: on raconte que l’une des 3 femmes de l’émir était chrétienne, et que, par amour pour elle, il aurait fait creuser en secret une croix dans la coupole des plafonds. En effet, aux premiers abords, les cabuchons de verre qui laissent filtrer la lumière ne semblent pas être disposée selon une quelconque forme, mais, lorsque l’on dispose ses lunettes de soleil sous la coupole, les cabuchons se rassemblent pour former une croix. L’émir se serait par la suite converti au christianisme, mais peu de personnes parlent de cette conversion…


Après une courte pause dans les jardins, nous repartons pour tenter de voir les fameux cèdres du Liban au coucher du soleil. Échec : le parc national est fermé. Nous nous arrêtons néanmoins sur la route du retour, pour admirer le coucher du soleil au dessus d’une épaisse brume qui envahit petit à petit la vallée. Le paysage est magnifique: la montagne est baignée d’une lumière orangée, et se détachent ça et là les rangées de pins parasol. Nous rentrons, épuisés mais ravis.

Marion Leprince-Ringuet