Abba Isaiah et ses trois groupies

Nous avons été accueillis dans une communauté de prêtres Comboniens. Cette congrégation a été fondée par un prêtre Italien au XIXe siècle, Daniel Comboni, suite à une mission apostolique au Soudan. Il s’est alors inspiré des Missions Etrangères de Paris pour créer un nouvel ordre missionnaire en Afrique. Aujourd’hui cet ordre s’est répandu sur 4 continents avec une présence dans plus de 30 pays et plus de 1800 prêtres et 1300 religieuses.

La mission dans laquelle nous sommes a été fondée il y a 6 ans à Gublak, petite ville au nord-ouest du pays, à 200km de la frontière Soudanaise. La volonté des prêtres est d’aider avant tout la tribu des Goumouz, habitants de cette région. Suite à des siècles d’oppression par les autres peuples, cette tribu ne s’est pas développée. Elle a aujourd’hui un style de vie très primitif, vivant de la chasse et d’une agriculture simple et logeant dans des cases.

Sortie de messe devant la nouvelle église de Gublak.

Rompant avec ces habitudes, les prêtres de Gublak ont fait construire, grâce notamment à des dons de l’AED, de nombreux édifices : église, école maternelle, hôtellerie, internats pour accueillir dans les meilleures conditions les habitants.

Cette communauté est actuellement composée de 3 prêtres : Le supérieur Abba Isaiah du Kenya, Abba John d’Italie prêtre en Ethiopie depuis plus de 45 ans et Abba Elvis du Pérou. 2 séminaristes Comboniens sont aussi présents pendant l’été.

Grand nettoyage estival

La journée de la communauté commence à 6h30 avec les Laudes puis la messe avec les paroissiens qui le souhaitent. La matinée est consacrée aux travaux communautaires : peinture, réparation, jardinage. Nous avons fait des travaux de peinture et coupé l’herbe et tondu la pelouse à la machette. La végétation est en effet luxuriante lors de la saison des pluies (juin à septembre).

Vers 16h nous partons par groupe dans les différents villages attenants, mais parfois situés à plus d’une heure de voiture, ou même 1h30 de marche quand aucune route n’y mène. Nous commençons alors par parcourir les différentes cases du village pour manifester aux habitants notre présence. Ils sont généralement de retour des champs. Nous entrons dans certaines cases et la mère de famille nous offre alors une boisson, « le borde », faite à base de céréales et d’eau. Cela ressemble à une bière pas encore fermentée en plus épaisse et moins rafraîchissante ! Pour de nombreuses familles, il s’agit du seul repas après une journée passée dans les champs. Pour nous, c’est plutôt une épreuve de la volonté pour terminer le verre, mais heureusement on nous donne un piment pour faire passer le gout.

Devant une maison traditionnelle Goumouz

A 19h, quand la nuit tombe et que l’ensemble du village est rentré, la communauté chrétienne se retrouve dans la chapelle quand il y en a une, au milieu du village si ce n’est pas le cas. Il y a de nombreux bébés et enfants mais aussi quelques adultes. La soirée commence toujours par un temps de louange chantée à plein poumons et accompagnée par un djembé. Puis les prêtres démarrent l’enseignement aidés par des catéchistes issus de ces villages âgés de 12 à 20 ans qui maîtrisent mieux la langue Goumouz. Nous témoignons alors de notre foi, des raisons de notre venue en Ethiopie, de notre vie de prière. Nous essayons de montrer l’universalité de la foi à ces familles qui viennent de la découvrir et de leur expliquer que nous l’avons reçue de nos parents pour qu’eux aussi la transmettent à leur tour. Nous sommes impressionnés par la fidélité de ces enfants (qui ont parfois à peine plus d’un an !) et d’adultes alors qu’ils rentrent d’une dure journée dans les champs. Les femmes notamment sont levées depuis 5h30, sont allées chercher l’eau à la rivière, ont coupé du bois pour le feu, préparé le déjeuner, ont travaillé dans les champs, puis ont encore préparé le dîner et ne se coucheront pas avant minuit. Mais c’est l’engagement que demandent les Comboniens pour obtenir le Baptême : 3 ans d’une fidélité à ces temps d’enseignement hebdomadaires ainsi qu’à la messe. C’est une rude claque pour nous jeunes catholiques qui avons été baptisés bébé. Et nous nous émerveillons des fruits d’une telle mission, puisque plus de 130 personnes ont été baptisées sur la paroisse cette année !

Après 4 merveilleux jours à Gublak, nous rentrons à Addis Abeba. C’était absolument merveilleux et nous remercions chaleureusement nos 3 prêtres qui nous ont accueillis. Nous confions dans nos prières cette communauté très vivante et tous ses projets, en espérant que l’AED continuera à soutenir une mission si belle et fructueuse.