Nous partageons donc a Beyrouth la vie et les missions des Sœurs de la Charité de Sainte Jeanne-Antide (Besançon). Au nombre de trois, elles forment une communauté dont l’appellation pourrait faire croire qu’elles sont originaires de France, mais seule l’est la congrégation dont elles sont issues. Ainsi sœur Nada est-elle originaire du Liban, de même que sœur Samar, tandis que sœur Manar, la dernière à avoir intégré la communauté, est originaire d’Egypte.
En tant que sœurs missionnaires dont l’action est au service des pauvres, malades, et plus globalement ceux qui sont dans le besoin, elles vivent non repliées sur elles-mêmes dans un couvent mais au contraire au plus proche de la population dans un modeste appartement au cœur du quartier populaire de Nabaa-Bourj Hamoud. Et sans doute leur jeunesse, qui tranche avec les vêtements immuables et le voile dont elles sont revêtues, contribue-t-elle à l’ardeur qu’elles mettent dans leur mission. Connues de tous les habitants, nos sorties dans les rues à leur côté ne se font jamais sans qu’elles ne se fassent arrêter par les habitants qu’elles croisent, que ce soit pour échanger des nouvelles, pour recevoir des confidences, ou bien pour un simple merci. Oreilles attentives au désespoir de ceux qui les entourent, une bonne part des missions que nous partageons avec elles consiste à se rendre au chevet des plus démunis et à leur apporter un soutien, que celui-ci soit spirituel, psychologique, moral, ou bien matériel et financier.

En mission dans Nabaa avec les Soeurs de la Charité

Chaque jour nous nous rendons avec elles chez les uns et les autres, que ce soit pour une écoute s’achevant souvent par des sourires et des larmes, ou bien pour une aide plus concrète : repeindre la chambre d’une famille démunie, aider à la toilette d’une personne paralysée vivant dans une extrême pauvreté. La reconnaissance exprimée par la population envers l’action des soeurs pousse ceux qui en éprouvent le besoin à faire directement appel à elles. Illustration : une après-midi, la sonnette de l’appartement retentit et nous voyons rentrer un vieil homme aux vêtements rapiécés. Celui-ci explique d’une voie fluette pleine de pudeur qu’acculé par les dettes il va probablement se faire expulser s’il ne règle pas une partie de ce qu’il doit. Les sœurs lui remettent alors de quoi satisfaire le propriétaire qui lui loue un logement misérable à prix d’or. Heureusement, les appels qu’elles reçoivent ne viennent pas seulement de ceux qui sont dans le besoin mais aussi parfois de ceux qui souhaitent faire acte de bonté et contribuer à leur action, notamment par des dons. Exemple : un matin, les soeurs reçoivent un appel de la part d’un boulanger souhaitant leur faire don de ses invendus. Nous nous empressons alors de recevoir les pâtisseries pour les donner à certaines familles. De même il n’est pas rare que des anonymes déposent devant la porte de leur appartement divers dons, tel que des denrées alimentaires ou des vêtements. Le travail des soeurs repose sur la générosité des donateurs (parfois anonymes), témoins de l’action bienfaisante de celles-ci.

Bien sûr une longue énumération ne suffirait pas a rendre compte de l’étendue et de la résonance de leur action au coeur du quartier dans lequel elles vivent ; et tant de moments forts et bouleversants vécus à leurs côtés, parfois tristes, parfois heureux, ne peuvent que nous laisser admiratif et humble devant ces existences vouées à Dieu et au service du prochain. Nul doute que nous en serons à jamais marqués et transformés. Elles sont pauvres parmi les pauvres, désirent être la voix de ceux que l’on entend pas. Leur travail est continu, et les nombreux sourires et remerciements qu’elles reçoivent suffisent à combler leur existence d’une joie illimitée.