Nous sommes arrivés à Jacmel après 9 heures de trajet douloureux. La ville est située en bord de mer et cela nous met du baume au cœur.

Samedi, nous rejoignons les Sœurs de la Charité pour leur prêter mains fortes. Elles s’occupent de personnes handicapées et également d’adultes, enfants et bébés malades. En ce qui nous concerne, c’est direction le premier étage. Surprise : ce sont des petites filles de cinq à dix ans. Si le contact est difficile à établir dans les premiers temps – elles parlent aussi bien le français que nous le créole –, au bout d’un temps les langues se délient et les rires fusent. Des petites mains piochent dans les feutres que nous avons apportés, agrippent nos bracelets et assaillent nos cheveux lisses pour les couvrir de tresses.

L’après-midi, nous nous affalons pour une énième sieste dans nos quartiers surchauffés et l’on attend 17 heures pour rencontrer les jeunes de la paroisse avec lesquels nous aimerions faire connaissance, afin partager des moments pour la semaine à venir. Il s’agit de se présenter à nouveau, de réexpliquer nos motivations, de se familiariser avec tout ce beau monde. C’est un nouveau départ qui prend son temps mais qui va faire du bien à notre petite équipe, affaiblie par la maladie des tropiques et le départ de Hinche qui nous avait véritablement conquis. Vers 19 heures, nous nous rendons chez Madame Brutus qui nous accueille chez elle et nous présente sa grande famille. C’est l’occasion de lui poser quelques questions et de pouvoir appréhender le quotidien d’une famille haïtienne. Visiblement, ce sont d’avantage les femmes qui s’occupent des tâches domestiques et de la préparation des repas (qui mettent en moyenne trois heures…). Si son mari est avocat, Margareth est quant à elle femme au foyer, ce à quoi sa fille de 18 ans s’empresse de répondre que ce ne sera pas son cas. Selon elle, la nouvelle génération est bien différente de celle qui la précède et est bien décidée à prôner un changement. Nous écoutons volontiers et en profitons pour faire des comparaisons avec notre quotidien, nos habitudes. On nous demande encore une fois si l’on est marié et inévitablement devant nos réponses négatives, nos interlocuteurs ne peuvent réprimer leur étonnement. Margareth nous apporte de la citronnade préparée avec les citrons verts de son jardin et du sucre roux : un pur délice (la moitié du groupe est au bord de l’évanouissement : à cause de la fièvre ou bien de l’extase, on ne saurait trop dire).

C’est une journée dont nous sommes enfin satisfaits puisque nous avons pu créer des liens qui, nous l’espérons, fructifieront dans la semaine et nous permettront de passer des moments auprès des locaux.