Le dimanche matin réunit les paroissiens dès 7 h du matin. Certains arrivent après 1 heure de marche. Il est inutile de prévoir trop d’avance : ici, la messe peut commencer en retard, on attend chacun.

Chanter est le propre de l’haïtien. Quelque que soit son activité au sein de la paroisse, on chante de tout son cœur à hauteur de son amour pour Jésus. Aussi n’est il pas surprenant qu’on invite, un dimanche, tous les services de la paroisse à “faire chorale”.

Lorsque nous entrons dans l’église, elle parait presque vide : c’est sans compter sur la foule de choristes entrant bientôt en procession, chacun en habit de service (groupe MEJ, scouts de la paroisse, etc., même les policiers entrent en procession et uniformes !). Bientôt l’église est pleine, sonore, fumante d’encens. Devant nous, les ventilateurs ne tardent pas à ronronner le long des colonnes. Le prêtre asperge les fidèles en signe de leur baptême. Il faut que chacun reçoive de l’eau vive, aussi y met-il toute son énergie, répétant six fois, sept fois s’il le faut le geste du rituel d’aspersion pour chaque rangée ; ce n’est pas si dérangeant de se retrouver trempé par cette chaleur !

Autour de nous, chacun s’est bien habillé ; chemises cravate pour beaucoup d’hommes et robes souvent décorées pour les femmes. On s’applique à ce que la tenue des enfants soit impeccable : les petites filles portent habituellement des petites robes façon Sissi, des ballerines recouvertes de dentelles et leurs cheveux sont tressés de petites barrettes colorées. Les petits garçons ne sont pas en reste et brillent par leurs chaussures cirées blanches ou noires. Tout doit être beau pour le Seigneur.

La messe peut durer longtemps, d’une heure et demi à trois heures. Et pour cause, on chante deux fois l’entrée, deux fois l’offertoire, deux fois la communion… On aime être ensemble. “Gloria pou Bondye ki fè syèl ak tè a”…. Nous finissons par connaître quelques chants et aimons les chanter en bon créole, nous surprenant parfois à les chantonner à tout heure de la journée ! Cette énergie, cette fière ferveur est belle à voir.

Le sermon est une occasion d’éduquer. Le prêtre, qui peut parler pendant trente minutes, n’hésite pas à faire chanter les fidèles, danser ou répéter des phrases, comme par exemple celles affichées sur les murs de l’église : “Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise”.

 

L’après-midi est festive. Nous avions proposé aux jeunes une sortie à la plage, avec la complicité de Maxon (ce jeune habite au presbytère). L’occasion d’associer détente et partage. Nous sommes surpris qu’une cinquantaine d’entre eux répondent à l’appel. On s’entasse alors dans les voitures. Quatorze, vingt-deux, vingt-huit jeunes s’entassent dans un pick-up et s’agrippent à tout ce qu’il peuvent ! Ici, on n’est pas vraiment sensibilisé à la sécurité routière : on aime l’aventure !

Arrivés sur place, il faut verser une contribution pour l’entretien des plages. Pourtant, nous sommes à peine surpris par les nombreux déchets qui dénaturent la beauté du lieu. La gestion des déchets en Haïti est difficile et les autorités ne peuvent répondre par des dispositifs adaptés. Quant aux habitants, ils sont souvent dépassés par les détritus qui s’accumulent et se contentent de jeter plus loin ou de balayer devant leur porte. Passée cette première impression, nous goûtons vite à l’esprit de fête qui anime les bords de mer. Des petites huttes disposées ça et là s’échappent les décibels et les odeurs de poissons grillés fraîchement pêchés du jour. Les “piti machand” (petits marchands) déambulent, une caisse de sucreries à la taille, des toiles roulées sur les épaules, au milieu des tablées d’Haïtiens jouant aux cartes, aux jeux de plage. Plus loin, des jeunes se disputent un ballon et, sur le rivage, d’autres réparent de larges filets débordant des barques peintes. Il règne une impression de vacarme, une ambiance de marché ou chacun peut acheter, manger, boire, apporter sa propre radio et danser jusqu’à la nuit tombée.

Il y a peu d’étrangers. Cet après-midi, nous sommes les seuls Blancs au milieu d’une marée d’Haïtiens. Il nous est difficile de se faire entendre des jeunes au milieu de cette agitation. Quand vient l’heure de prendre le bain, une partie des Haïtiens qui nous accompagnent s’assoient sur le sable : ils ne savent pas nager. On nous explique qu’il y a peu de piscines en Haïti (hormis dans les hôtels). Malgré la proximité de la mer, la pratique de la nage n’est pas courante et la plupart des Haïtiens qui se jettent à l’eau restent au bord, là où ils sont sûrs d’avoir pied. Dans l’eau, nous évoluons au milieu d’algues brunes et de détritus balayés par les vagues. Cela ne nous empêche pas de profiter d’une eau chaude et des joies des éclaboussures.

Peu après, François et Louis empruntent un taxi moto pour rentrer en avance. Ils sont encore affaiblis par la maladie qui les assaillent depuis plusieurs jours : courbatures, fièvre, nausées, fatigue. Leur retour n’est pas sans peine. A trois sur une petite moto ressemblant davantage à un petit scooter toussant dans les pentes, ils s’accrochent où ils peuvent, les tongs cramponnées aux pieds, bravant sans casques les délicats reliefs d’une route déchirée. C’est un miracle qu’ils arrivent à bon port. Enfin presque, Louis ayant perdu sa mythique casquette dès les premiers mètres ! Les filles reviennent quelques heures après, le teint ensoleillé. Une belle journée s’est encore passée.